Théâtre - Agréable balade en side-car

Sébastien Dodge et Bénédicte Décary dans Méhari et Adrien
Photo: M-Claude Hamel
Photo: Sébastien Dodge et Bénédicte Décary dans Méhari et Adrien Photo: M-Claude Hamel

Il n'est pas inintéressant, le théâtre d'Hervé Blutsch qu'avait commencé à nous faire découvrir le metteur en scène Michel Bérubé (Anatole Feld et Le Canard bleu) il y a cinq ou six ans. Une compagnie plus jeune encore, le Théâtre de la Pacotille, prend le relais en s'emparant, à l'Espace Geordie, de Marie-Clothilde et de Méhari et Adrien, deux autres courtes pièces de l'auteur dramatique français.

Spectacle inégal, ne le cachons pas. En effet, la première pièce peine à retenir l'intérêt du spectateur tandis que la seconde, à l'action plus échevelée, emporte l'adhésion d'un bout à l'autre. Dans ce cas, le metteur en scène Gaétan Paré trouve un registre approprié et bénéficie d'interprètes qui s'éclatent vraiment dans une «balade en side-car» très ludique.

Inversement, Marie-Clothilde est une oeuvre plus difficile à aborder. Un mari s'y adresse à sa femme «morte». Naturellement, elle ne lui répond pas, ce qui ne semble pas le préoccuper outre mesure. Le problème, c'est que le metteur en scène n'a pas créé de véritable interaction entre Marie-Clothilde et Christian Bernard (Jonathan Michaud, laissé à lui-même). Et ce, même si le héros, par mille moyens, essaie de la faire exister en dépit du bon sens.

S'il a la patience de supporter la première partie, le spectateur en sera récompensé par l'excellent duo que forment Bénédicte Décary et Sébastien Dodge dans Méhari et Adrien. Ils ressemblent à des Harold et Maud du même âge qui feraient route ensemble, contre vents et marées, et refuseraient de se faire piéger par l'ennui et les petits accidents de la vie. Il faut voir ces deux-là trouver des prétextes pour quitter l'enterrement d'un moucheron qu'ils ont eux-mêmes inventé de toute pièce pour s'épater l'un l'autre. C'est fait avec trois fois rien, pas même un vrai side-car, mais le coeur, le talent et l'imagination y sont. Univers onirique proche des surréalistes, servi par des comédiens très physiques et qui n'ont pas peur d'y aller à fond.

À mon avis, s'il cherche vraiment à conquérir de nouveaux spectateurs, le Théâtre de la Pacotille devrait se résoudre à ne présenter que la deuxième pièce, qui dure un peu moins d'une heure. C'est court. Mais l'expérience enseigne qu'il vaut mieux laisser le public sur sa faim que de le lasser avec une première partie qui n'est pas au point.

***

Méhari et Adrien, Précédé de Marie-Clothilde

D'Hervé Blutsch. Mise en scène: Gaétan Paré. À l'Espace Geordie jusqu'au 25 novembre.

Collaborateur du Devoir