Théâtre - La Pasquetti chez les anglos

L'Impromptue de l'Île-des-Soeurs, selon la traduction littérale du titre de la production tremblayienne montée au Centaur, n'est bien sûr pas la suite inconnue de L'Impromptue d'Outremont, mais bien la version anglaise du plus récent texte de l'auteur. L'État des lieux, présenté au TNM en avril dernier, avait suscité un accueil partagé chez la critique. Dans cette production, on a joué sur la sobriété et le réalisme. Un choix somme toute judicieux.

Patricia Pasquetti, alias Patricia Paquette, diva célèbre dans le monde entier, revient à Montréal cacher sa honte. Dans une représentation de Salomé, à la Bastille, sa voix a flanché, signe annonciateur d'un inévitable déclin. De retour au bercail, elle devra affronter l'idéalisme et le nationalisme de sa fille (qui lui rappelleront feu les siens), le franc-parler de sa mère ainsi que les frustrations accumulées par son pianiste. Les règlements de compte sont

au menu.

La traduction de ce texte qu'a faite Linda Gaboriau le rend un peu plus sobre. En fait, à la fois le texte et sa mise en scène atténuent le recours à l'humour. Le public n'a pas droit, par exemple, à l'équivalent anglais des «Mâtréal» que lançait d'un air dédaigneux Marthe Turgeon sous la direction d'André Brassard. Les spectateurs rient peu, mais, en revanche, n'ont à subir ni interprétations caricaturales, ni froideur outrée entre des personnages censés être une mère, sa fille et la fille de celle-ci. Patricia Hamilton et Dixie Seatle, particulièrement, campent leur rôle avec beaucoup de justesse. Dans la même optique, le décor de Guido Tondino, bien qu'aussi chic que celui de Danièle Lévesque, est beaucoup moins grandiose et théâtral. D'aucuns apprécieront cette approche qui confère une certaine vérité à la pièce. D'autres estimeront sans doute que ce parti pris réaliste, cette esthétique de l'ordinaire enlève du relief à un texte qui manquait déjà de souffle et de portée.

Comme la pièce a été traduite et non adaptée, la diva parle en anglais de son accent québécois — et surtout de l'inopportunité de l'exhiber hors des frontières nationales. Elle s'avoue heureuse de pouvoir se détendre les maxillaires en renouant enfin avec cet accent, sans toutefois que le spectateur puisse l'entendre. Bien sûr, les Montréalais anglophones saisissent immédiatement le propos de la pièce, étant au parfum des complexes dont sont affublés leurs concitoyens de langue française.

Qui plus est, faire de la cantatrice une canadienne honteuse de ses racines face la mère patrie britannique comme à toute l'Europe aurait eu beaucoup moins de portée. On ne peut tout de même pas attribuer gratuitement des sentiments d'infériorité aux peuples qui n'en éprouvent pas, surtout pas lorsqu'ils conversent dans la langue de l'Oncle Sam.

Par ailleurs, le refus de vieillir, l'orgueil et le mépris de certains face au succès que d'autres peuvent avoir dans un microcosme donné sont des sujets universels qui passent aisément l'épreuve de la traduction.

Le texte de Tremblay n'est pas génial, force est de l'admettre. Conséquemment, la production du Centaur ne l'est pas non plus. On a fait ce qu'on pouvait à partir de la matière première disponible. L'Impromtu On Nuns' Island est un état des lieux épuré, moins caricatural, plus clinique. Ou peut-être est-il simplement plus anglo-saxonÉ