Théâtre - Pour ou contre le prince charmant?

La belle au bois dormant se réveilla, 100 ans plus tard, la tête pleine de projets, prête à reprendre ses études pour ensuite occuper un poste à responsabilités. Le prince charmant n'existe pas, cet être beau, grand et fort qui tire la jeune femme de sa léthargie symbolise le mouvement féministe. C'est à ce genre de conte de fées qu'Irène-Iris a eu droit lorsqu'elle était enfant. Aujourd'hui adulte de 28 ans, après l'enterrement de sa féministe de mère, elle verse pour de bon dans une crise existentielle, ne sachant pas ce que signifie être une femme.

De tout temps, tous les enfants du monde ont eu à faire la part des choses quant à leur héritage familial, à relativiser le poids des enseignements parentaux, à décider des lignes de pensée selon lesquelles s'élaborerait leur propre vie. Ainsi, en un sens, la quête d'Irène-Iris est universelle. Toutefois, l'auteure a voulu cerner la réalité très précise de la génération post-féministe, ces filles de battantes qui, semble-t-il, ne savent sur quel pied danser.

Dans cette optique, l'auteure fera dire à son héroïne, par exemple, que les hommes peuvent tout dire et tout faire, tandis que ce n'est pas le cas des femmes. Une femme ne peut pas avouer espérer le prince charmant ou elle se verra aussitôt taxée du complexe de Cendrillon. Or, les hommes de la même génération ne peuvent certainement pas dire ouvertement qu'ils rêvent d'un couple où l'épouse, peut-être comme leur maman, mijote de bons petits plats pour son mari, lui repasse ses chemises et lui prépare des repas à emporter au travail. Les temps ont changé pour les deux sexes, mais Dévoilement devant notaire ne semble pas en tenir compte. La pièce ne fait que laisser libre cours à la dérive psychologique du personnage central, ce qui ne se révèle pas des plus réjouissants.

On excusera cette dérive en supposant que le décès de la mère agit comme catalyseur de cette crise existentielle. Certes, mais l'héroïne mentionne tout de même au passage qu'elle fréquente un professionnel de la psyché depuis plusieurs années. Le contexte théâtral invite, voire oblige à la dramatisation, à l'exagération? Même si cela était vrai, le résultat n'en demeure pas moins d'une lourdeur affligeante. À croire que la pire des choses, sur cette planète, est d'être née de mère féministe. La complaisance et l'apitoiement sur son pauvre petit sort ont pourtant leurs limites. À preuve, le personnage du petit frère. Est-il forcément plus facile d'être fils de féministe? Sa mère ne répétait-elle pas sans cesse à sa soeur que c'est par elle que passerait le changement? Quel rôle cela lui laissait-il à lui? Et pourtant, si peiné qu'il soit par le décès de sa génitrice, il fait un homme de lui-même et va de l'avant sans pour autant renier son passé. Est-il plus ardu de faire une femme de soi-même?

Bien sûr, l'auteure a su décrire avec justesse l'état d'esprit de certaines mères des dernières décennies qui voulaient à tout prix que leurs filles n'aient peur de rien, soient indépendantes financièrement et psychologiquement, quitte à forcer la note en ce qui concerne les sermons féministes. Dominick Parenteau-Lebeuf possède aussi une bien jolie plume. Elle ne ressent pas le besoin de truffer la langue de ses protagonistes de jurons pour que celle-ci apparaisse réaliste. La langue qu'ils utilisent est belle, rythmée, poétique.

La mise en scène de Marc Béland est en générale très efficace, assez originale même, comme lorsque, la scène baignant dans la pénombre, des ampoules électriques s'allument toutes au même instant, aveuglant ainsi le spectateur surpris. Notons tout de même que de faire se dévêtir un personnage qui se questionne sur sa féminité n'a rien de bien novateur. Enfin, cette héroïne est admirablement campée par Isabelle Roy, intense du début à la fin.

Dévoilement devant notaire possède donc des qualités indéniables, notamment quant à la forme. Quant au texte, qui a reçu la Prime à la création 1998 du Fonds Gratien-Gélinas, disons qu'il a le mérite de faire écho à la crise identitaire dont se réclament actuellement les hommes et qu'il traite d'un sujet, les questionnements post-féministes, peu abordé au théâtre. Fallait-il, par contre, que le traitement en soit si lourd? Disons que ce type d'approche n'a rien pour rallier ceux — et celles — qui préfèrent penser que le féminisme et l'évolution identitaire féminine ne les concernent pas.