Théâtre - Mère et fils

Renaud Lacelle-Bourdon dans Vincent River
Photo: Renaud Lacelle-Bourdon dans Vincent River

Un adolescent qui a perdu sa mère. Une femme qui vient de perdre son fils, dans des circonstances horribles. Au milieu de ces deux êtres dissemblables, un fantôme, Vincent River, assassiné par des homophobes. L'improbable affrontement entre la mère affligée, en quête de réponses, et le jeune homme qui prétend avoir découvert le cadavre de son enfant sera tendu, dérangeant, trop-plein de substances intoxicantes et de révélations douloureuses.

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Vincent River, Texte de Philip Ridley.

Traduction de Maryse Warda. Mise en scène de Robert Bellefeuille. Au Théâtre de Quat'Sous, jusqu'au 2 décembre.

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Les rares oeuvres du Britannique Philip Ridley qu'on a pu voir ici campaient jusqu'alors des univers troubles: l'étrange Pitchfork Disney, pièce présentée au Quat'Sous en 1994, et le fascinant film The Reflecting Skin. Ici, le dramaturge a apparemment choisi la voie du réalisme, un réalisme toutefois tempéré par des excès et des pointes oniriques.

Dans Vincent River, le mystère entourant le point de départ converge peu à peu vers l'éclaircissement des secrets. C'est en pleine lumière qu'a lieu ce face-à-face avec la vérité. Et puisque les personnages vivent là un genre de catharsis par la parole, les mots y sont souvent crus, sans ambiguïté. Le récit final de Davey n'épargnera à la maman éplorée aucun détail sur les activités de son Vincent. Au fil de la narration de ce fils substitut, Anita se voit forcée de voir en face cette homosexualité qu'elle avait toujours niée. Celle qui a elle-même été victime d'exclusion, est renvoyée à sa propre intolérance.

Danielle Proulx donne une grande force blessée à cette mère endeuillée. Contrairement aux femmes chaleureuses que la comédienne interprète souvent, Anita apparaît d'abord dure, brusque, âpre. Une rudesse qui n'exclut pas la dignité. Renaud Lacelle-Bourdon ouvre progressivement son jeu, quand il entre dans le récit de Davey — une nuit qu'il recrée de façon très évocatrice. Le jeune homme hésitant et fermé du début acquiert alors une assurance provocante, une énergie sexuelle palpable. Les deux acteurs nous happent dans un huis clos dense, généralement prenant — que le spectacle conclut malheureusement par une image un peu mièvre.

Vincent River évoque une homophobie primaire. Mais aussi, en arrière-plan, une intolérance moins spectaculaire, et pourtant tout aussi violente, mesquine, faite de médisances, de jugements expéditifs, de rejet. Un niveau d'ignorance très élevé dont on aimerait croire qu'il appartient au passé. C'est probablement un voeu pieu. On s'imagine toutefois mal que le spectacle puisse faire autre chose que de prêcher des convertis. Reste que, comme toute oeuvre intéressante, la pièce de Philip Ridley dépasse le simple message de tolérance.

Collaboratrice du Devoir