Théâtre - Promenade chez les ancêtres

Sous les assauts d'un froid insidieux, au son du crissement des feuilles d'automne, les spectateurs débarquent d'un autobus nolisé en plein coeur du royaume des morts. En parcourant les méandres d'un cimetière que l'on nous prie de ne pas nommer, les spectateurs-marcheurs rencontreront des créatures outre-tombesques. La Fête des morts est-elle un festival de l'horreur destiné à assouvir les fantasmes de citadins tentés de célébrer ainsi l'Halloween? Pas du tout. Heureusement.

Au contraire, l'esthétique du spectacle se caractérise plutôt, à l'exception d'un personnage, par la beauté et la sérénité. Plutôt que de jouer la carte de l'épouvante, Nathalie Claude et Céline Bonnier se sont inspirées, entre autres, des rituels autochtones de l'Amérique latine et ont élaboré un spectacle qui met la mort en relation avec la vie. Seront abordées, par exemple, les questions que se pose l'être humain à cet égard. À la fois terrifiés et fascinés par la mort, ne mitraillons-nous pas les proches d'un défunt de mille et unes interrogations? Comment est-ce arrivé? A-t-il souffert? Qui l'a découvert? Avait-il senti venir son heure?

Bien que la fin de la vie soit la chose la plus explicable du monde — l'un ou l'autre des rouages de la machine complexe qu'est le corps humain a fait défaut, entraînant ainsi la défaillance du système tout entier — elle demeure entourée d'une aura de mystère teintée de surréalisme. Curieux paradoxe. C'est à cet état d'esprit que correspond le spectacle, qui adopte un ton poétique.

Force est d'admettre, cependant, que le texte ne pèche pas par excès de richesse. Un peu comme ce fut le cas avec L'Incompréhensible vérité du maître, de François Papineau et Sylvie Moreau, autres membres de Momentum, la beauté du lieu et son utilisation efficace ravissent le spectateur heureux de sortir des traditionnelles salles de théâtres, mais quant aux idées véhiculées, l'expérience s'avère peu concluante. Les différents tableaux proposés disent somme toute peu de choses. Si la Fête des morts est plus nourrie que L'Incompréhensible vérité du maître, elle est bien moins évocatrice que ne l'était le précédant spectacle portant la signature de Nathalie Claude, Les Filles de Séléné. Notons, qui plus est, que ce dernier ne comportait aucune parole, que des images, mais des images fortes.

Encore une fois, aucune faiblesse ne peut être relevée quant à l'aspect formel de la Fête des morts. Les éclairages, les costumes, les déplacements, le jeu des comédiens: tout cela est impeccable. Mais pour que ce bon spectacle fût excellent, il aurait dû laisser le spectateur aux prises avec une certaine réflexion ou encore quelque émotion, faire en sorte qu'en remontant dans l'autobus par lequel il était arrivé, il sente que cette pièce de théâtre a été plus qu'un simple bon moment, qu'elle a été une de ces multiples expériences qui font qu'un individu évolue à chaque jour de sa vie. Les Filles de Séléné a eu cet impact, la Fête des morts non.