Théâtre - Beaucoup de bruit...

On perçoit le concept, on devine les intentions. Après un prologue dans le foyer, on constate en entrant dans la salle que la disposition habituelle des spectateurs a été modifiée pour que les interprètes puissent entrer en interaction directe avec une partie du public qui se trouve debout derrière des grillages. Du début à la fin du spectacle, on ne peut pas ne pas remarquer le grand déploiement de techniques: images vidéo, bande sonore et maquillages sophistiqués; très généreux décibels; acrobaties; voleries des interprètes harnachés à des filins; chute d'accessoires tombant des cintres; etc. On pourrait en ajouter d'autres que cela ne garantirait jamais l'accomplissement visé au théâtre (ou en danse, ou au spectacle multimédia): réaliser une alchimie qui transforme ces matières premières en or, c'est-à-dire qui fasse oublier au spectateur la technique, les lieux, etc., pour lui permettre d'accéder, par le détour d'un autre univers, dans son monde intime, et réciproquement. Les formes possibles sont innombrables, mais dans tous les cas, le théâtre est toujours beaucoup plus que la somme de ses éléments.

Avec Babel, la conceptrice Brigitte Poupart désirait «faire éclater l'espace théâtral pour franchir physiquement le lien qui sépare acteurs et public»; ce premier désir est atteint. Elle voulait également «interroge[r] [...] la quête universelle de l'ascension, celle qui pousse l'humanité toujours plus loin dans sa conquête de la nature et l'illusion de sa propre divinité». Mon Dieu, pourquoi pas? Mais il faut souvent, pour arriver à l'universel, faire un détour par le particulier; il faut un ou des personnages qui soient humains, touchants, intègres ou révoltants, par exemple, ou, mieux encore, aux prises avec leurs contrastes. C'est sans doute là une faille majeure de Babel. Les deux personnages principaux n'arrivent pas à intéresser. Ils sont davantage des types que des personnages crédibles. Ecce Homo (voici l'homme), qui mène une entrevue avec un invité qu'il appelle l'architex (ou architexte?), apparaît comme le mélange d'un animateur d'émission de variété et d'un MC de boîte de nuit plus soucieux de mettre en valeur ses muscles et sa chute de reins plus que quoi ou qui que ce soit d'autre. Cet Ecce Homo parle un sabir largement inspiré du langage de Sol (Marc Favreau), mais contrairement à ceux de Sol, ses jeux de mots sont souvent gratuits et sans grand esprit. L'architecte, de son côté, emprunte leur jargon aux spécialistes du bâtiment, notamment, et aux technocrates. Ce jargon privé d'une distance (ironique ou autre) suffisante n'est pas moins ennuyeux que celui des vrais technocrates.

Avec Babel, la conceptrice Brigitte Poupart désirait «faire éclater l'espace théâtral pour franchir physiquement le lien qui sépare acteurs et public»; ce premier désir est atteint. Elle voulait également «interroge[r] [...] la quête universelle de l'ascension, celle qui pousse l'humanité toujours plus loin dans sa conquête de la nature et l'illusion de sa propre divinité». Mon Dieu, pourquoi pas? Mais il faut souvent, pour arriver à l'universel, faire un détour par le particulier; il faut un ou des personnages qui soient humains, touchants, intègres ou révoltants, par exemple, ou, mieux encore, aux prises avec leurs contrastes. C'est sans doute là une faille majeure de Babel. Les deux personnages principaux n'arrivent pas à intéresser. Ils sont davantage des types que des personnages crédibles. Ecce Homo (voici l'homme), qui mène une entrevue avec un invité qu'il appelle l'architex (ou architexte?), apparaît comme le mélange d'un animateur d'émission de variété et d'un MC de boîte de nuit plus soucieux de mettre en valeur ses muscles et sa chute de reins plus que quoi ou qui que ce soit d'autre. Cet Ecce Homo parle un sabir largement inspiré du langage de Sol (Marc Favreau), mais contrairement à ceux de Sol, ses jeux de mots sont souvent gratuits et sans grand esprit. L'architecte, de son côté, emprunte leur jargon aux spécialistes du bâtiment, notamment, et aux technocrates. Ce jargon privé d'une distance (ironique ou autre) suffisante n'est pas moins ennuyeux que celui des vrais technocrates.