Et si Québec n'avait plus besoin des Nordiques?

Le Rouge et Or de l’Université Laval attire en moyenne 16 000 personnes à chacun de ses matchs.
Source : Université Laval
Photo: Le Rouge et Or de l’Université Laval attire en moyenne 16 000 personnes à chacun de ses matchs. Source : Université Laval

Avec les Remparts, le football universitaire et les Capitales, Québec aurait-il finalement trouvé des équipes à sa taille? Dix ans après le départ des Nordiques, Québec vibre maintenant au rythme d'équipes de sport moins coûteuses, tant pour les pouvoirs publics que pour les amateurs. De quoi se demander si la capitale a besoin d'une nouvelle franchise de la Ligue nationale de hockey (LNH), comme certains le souhaitent.

Les Capitales de Québec ont remporté le championnat de la Ligue Pan Am. Au baseball à Québec, on n'avait pas vu ça depuis 1969. Un succès de plus pour une ville où le sport a le vent dans les voiles...

Au printemps dernier, les Remparts ont été accueillis en rois à l'hôtel de ville après avoir été sacrés champions du hockey junior majeur au Canada. Une première en 35 ans. Quant au Rouge et Or (champion canadien de football universitaire en 2003 et en 2004), il attire en moyenne 16 000 personnes à chacun de ses matchs, sur le campus de l'Université Laval. La ferveur de ses partisans n'est pas inutile puisque le Rouge et Or occupe actuellement le premier rang de la ligue universitaire canadienne.

Après un long deuil, cet enthousiasme était le bienvenu. La vente des Nordiques avait traumatisé la capitale. C'était en 1995. Un an plus tard, autre gifle: la même équipe, qui portait maintenant le nom d'Avalanche du Colorado, remportait la coupe Stanley. La plaie n'est peut-être pas complètement cicatrisée, mais les temps changent et les amateurs se sont découvert de nouvelles passions.

«À Québec, on a perdu les Nordiques. Maintenant, on prend pour les Remparts!», lançait une vieille dame en fauteuil roulant lors du défilé des champions au printemps dernier. Et même quand les joueurs jouent moins bien — comme c'est le cas des Remparts depuis le début de la saison en cours —, on s'intéresse à leur entraîneur: le bien-aimé Patrick Roy, qui, faut-il le rappeler, est un petit gars de Québec.

Beau, bon, pas cher

Si des équipes comme les Remparts plaisent autant, c'est aussi parce qu'elles sont à la portée de tous les portefeuilles. «Actuellement, les organisations qui réussissent bien misent sur du sport très accessible», explique Gilles D'Amboise, directeur du Service des activités sportives de l'Université Laval. «On n'est pas dans le sport professionnel mais on est à l'extrême limite, que ce soit sur le plan du sport universitaire ou du hockey junior majeur, ce qui nous permet d'offrir quelque chose de très accessible. On bénéficie, je crois, de l'absence de sport professionnel pour offrir un produit de très bonne qualité.»

Un adulte doit débourser entre 15 et 20 $ pour une partie du Rouge et Or; les étudiants s'en tirent à moins de 10 $. Les tarifs sont similaires chez les Remparts et les Capitales. C'est moins cher qu'au cinéma et dix fois moins coûteux qu'un billet pour un match de hockey professionnel. «Moi, je peux assister à tous les matchs de la saison avec ma famille aux Remparts», faisait remarquer un partisan au Devoir lors de la parade ayant suivi leur victoire en finale. «Avec la Ligue nationale, je peux assister peut-être à deux ou trois matchs par année. Quant à moi, les Remparts me satisfont amplement.»

Qui plus est, les équipes sont enracinées dans la communauté. L'an dernier, les joueurs des Remparts sont allés visiter les élèves de l'école primaire Saint-Louis-de-Gonzague à deux reprises. De quoi motiver les élèves et leurs parents à leur rendre la pareille...

Et que dire du Rouge et Or, auquel certains vouent un amour qui ne connaît aucune limite? En témoignent ces légendaires tailgate parties, au cours desquels les partisans se retrouvent dans le stationnement du stade, en pleine nuit, la veille des matchs, pour boire de la bière autour d'un barbecue.

L'ambiance est tout aussi festive au stade municipal lors des parties de baseball des Capitales, où on se rend en famille la semaine et entre amis la fin de semaine. Pour le gérant de l'équipe, Michel Laplante, Québec a trouvé dans les Capitales une équipe à sa mesure. «Notre stade est bon pour une ville comme Québec. On n'a pas une ville de trois millions d'habitants. C'est une combinaison parfaite.» Avec près de 500 000 habitants, dit-il, la capitale peut fournir un bassin d'amateurs suffisant pour soutenir l'équipe. «On a besoin de 160 000 spectateurs par année avec environ 3000 personnes par match, le ratio est très bon.»

De Marcel Aubut à Jacques Tanguay

La bonne santé des équipes de sport à Québec porte aussi un nom: Tanguay. Propriétaire d'une chaîne de magasins de meubles bien connue, la famille Tanguay commandite à peu près tout ce qui se fait en sport dans la capitale. Le vice-président de l'entreprise, Jacques Tanguay, dirige les Remparts et le Rouge et Or.

Mais celui-ci ne croit pas que le succès de ses équipes rende le retour de la LNH moins pertinent. «Ça ne se compare pas. La Ligue nationale a produit des exemples fantastiques pour les fans de hockey. Elle ne crée pas les mêmes attentes que la Ligue junior majeure.» Bref, Jacques Tanguay n'a rien contre le retour d'une équipe de la LNH. «Oui, ce serait bien», dit-il avant de souligner que cela requiert de très gros investissements qui, pour l'instant, ne sont pas là. «Une franchise, c'est 100 millions; l'amphithéâtre, entre 200 et 250 millions; ça prend quelqu'un pour débloquer ça.»

Visiblement, M. Tanguay ne se voit pas jouer ce rôle. C'est un projet «pour des gens du style de Marcel [Aubut]», lance-t-il. Au printemps dernier, celui-là même qui avait vendu les Nordiques en 1995 laissait entendre que le temps était venu de relancer des projets sportifs d'envergure dans la capitale. «La grande priorité, c'est d'abord un aréna neuf; on est les seuls à ne pas en avoir. Et la deuxième [priorité], c'est un stade pour accueillir une équipe canadienne de football», déclarait Marcel Aubut au Devoir.

Même si les ambitions de M. Aubut suscitent une certaine méfiance, les amateurs de hockey sont nombreux à rêver du retour de la LNH dans la capitale. «Les Remparts sont la première équipe à pouvoir se comparer un peu à ce qu'étaient les Nordiques, mais ce ne sera jamais la même chose», estime François Gariepy, un chroniqueur musical de Québec bien connu pour sa passion des Nordiques. «Moi, je prends pour les Oilers, je ne pourrai jamais aimer les Canadiens. Quand ils perdent, je souris, et ça me met de mauvaise humeur quand ils gagnent. Je les ai trop détestés quand les Nordiques étaient là.»

Et il ne serait pas le seul dans son genre. «Quand ils ont tourné le film Maurice Richard, le comédien Patrice Robitaille [également de Québec], que je connais bien, jouait le rôle d'un joueur du Canadien. Mais il ne pouvait pas concevoir de revêtir le gilet. Ça le dégoûtait trop. Qu'est-ce qu'il a fait? Il a mis un gilet des Nordiques en dessous de son gilet des Canadiens.»

Absence de projet crédible

Qui s'en étonnera? La passion des Nordiques se frotte à la fiction depuis des années, comme en témoigne la série Lance et compte. Vingt ans après sa naissance, la saga du National de Québec en est à sa sixième mouture, et ils ont été 10 000 à se ruer au Colisée pour jouer les figurants lors du tournage, en mars.

Dès lors, toute annonce ou rumeur à propos du retour de la LNH à Québec fait la manchette. Le 1er juin dernier, les médias étaient convoqués à une conférence de presse au Colisée à propos d'un projet de retour de la LNH. Mais Marcel Aubut n'était pas là. La masse de journalistes s'est plutôt fait présenter un certain Mark Charest, qui a déjà été employé par les Nordiques. L'homme est très motivé mais peu crédible. Il n'a pas d'appuis financiers puissants et mise sur la signature d'une pétition sur Internet.

Tout laisse croire que près de cinq mois plus tard, son projet vacille. Son groupe souhaitait recueillir 500 000 signatures pour le 1er octobre. On en compte moins de 75 000.

Quoi qu'il en soit, les sondages menés sur cette question démontrent tous la même chose: la population souhaite le retour de la LNH, mais pas à n'importe quel prix. Toute la question est là. «Moi, j'adore le sport», lance Michel Laplante, des Capitales, en donnant l'exemple du baseball professionnel: «Mais voir un joueur gagner un salaire de 15 millions pour jouer au baseball, ce qui va m'obliger à payer ma bière plus cher quand je vais au match, ça me choque.» À l'inverse, avec des équipes non professionnelles, les amateurs en demandent moins aux joueurs, ce qui n'empêche pas ces derniers d'en donner autant, voire plus. «On offre un produit de très grande qualité, mais les gens n'ont pas les mêmes attentes que pour le sport professionnel», fait remarquer Gilles D'Amboise. «On a des athlètes sur le terrain qui ne reçoivent pas de gros salaires. Ils s'impliquent dans le sport pour la passion du sport, et ça, c'est toujours une belle carte pour vendre un produit.»

Collaboratrice du Devoir