Théâtre - Le révolutionnaire malgré lui

Péripéties galopantes, humour gaillard et nobles sentiments font la loi en ce moment sur la scène du théâtre Denise-Pelletier. Scaramouche, le héros du populaire roman de Sabatini, prend vie dans une adaptation de Pierre-Yves Lemieux, dont le jeune public de Denise-Pelletier avait fort apprécié le travail sur Les Trois Mousquetaires. Jean Leclerc, de retour à Montréal après une fructueuse carrière de comédien aux États-Unis, assure la mise en scène de ce récit d'aventures maquillé en leçon d'histoire.

Roman touffu aux nombreux épisodes rocambolesques, Scaramouche relate les frasques d'André-Louis Moreau, jeune Breton de la fin du XVIIIe siècle emporté malgré lui dans la tourmente de la Révolution française. Après avoir déclenché une émeute, il est forcé de se cacher parmi une troupe de comédiens sous le pseudonyme de Scaramouche et traverse une partie de la France avant de gagner Paris.

Obligé de faire des choix, Lemieux a recentré l'intrigue sur la rivalité entre Moreau et le marquis de la Tour d'Azyr, meurtrier du meilleur ami du héros. Il a également confié le rôle de narrateur au personnage d'André-Louis Moreau afin de rendre les transitions entre les scènes plus efficaces. L'adaptation est assez fluide, les épisodes sont bien choisis et la représentation sans longueurs.

On s'interroge par contre sur le choix d'un appareil scénographique aussi lourd. Utilisé afin d'évoquer les différents lieux visités par le héros, l'encombrant décor nécessite plusieurs manipulations et fait un peu double emploi avec la narration, qui remplissait déjà très bien cette fonction. On comprend qu'il serait difficile pour des acteurs d'occuper de leur seule présence l'immense espace scénique de cette salle, mais certaines scènes auraient peut-être bénéficié d'un décor plus épuré. Les intertitres projetés sur un écran n'ajoutent pas grand-chose non plus à la représentation.

Côté interprétation, Carl Poliquin se révèle crédible et amusant dans le rôle de Scaramouche. En scène durant près de trois heures, le jeune comédien rend bien la gouaille du personnage et assume également bien ses fonctions de narrateur. La courte scène inspirée des Fourberies de Scapin nous permet de prendre toute la mesure de son talent d'acteur comique. Autour de lui, les comédiens interprétant les rôles de la famille adoptive du héros (Raymond Legault, Émilie Bibeau et Sophie Faucher), tous très à l'aise avec le texte, nous livrent des prestations énergiques, à la fois drôles et touchantes. Alain Fournier, avec sa composition colorée du chef de troupe Binet, se démarque également dans cette distribution.

Après Les Trois Mousquetaires et Edmond Dantès, le théâtre Denise-Pelletier poursuit ici sa série d'adaptations des grands romans de cape et d'épée. Si, par le passé, certains résultats furent heureux, la formule atteint peut-être ici ses limites. D'un côté, la mise en scène sans grandes surprises de Leclerc ne permet pas de jeter un éclairage nouveau sur cette histoire. De l'autre, on peut s'interroger sur la pertinence de présenter du pur divertissement à un public constitué majoritairement d'étudiants. Le répertoire ne renferme-t-il pas assez de textes enlevants pour intéresser les jeunes ?

Collaborateur du Devoir