Théâtre jeunes publics - Des racines au fond du placard

Glorieux début de saison à la Maison Théâtre, hier matin. En plus du soleil et de la grosse demi-douzaine d'autobus jaunes qui étaient au rendez-vous, le Théâtre de l'Avant-Pays proposait un premier texte de Pascal Brullemans — qu'on a surtout vu écrire pour le Quat'Sous avec Éric Jean — pour les tout-petits. Les attentes étaient élevées, donc. D'autant que le cahier de presse laissait entendre que le spectacle était le fruit de l'improvisation collective de toute l'équipe, auteur, metteur en scène, comédiens et concepteurs — comme Brullemans le fait au Quat'Sous pour les grands, quoi! À chaud, avec à peine quelques minutes de recul au moment d'écrire ces lignes, on peut certainement dire que le pari a été relevé.

Ce n'est pourtant pas le texte de Brullemans qui frappe d'abord dans cette production. Plein d'imagination, déboulant dans tous les sens, collé sur la sensibilité et l'ouverture des enfants malgré quelques petites longueurs qu'on pourrait sans doute éliminer, L'Armoire raconte l'histoire d'une petite fille, Céleste, dont les parents veulent retourner dans leur pays d'origine. Elle se cabre, fait une crise. Et pour la calmer tout autant que pour la faire changer d'idée, ses parents lui remettent la clé d'une armoire qui contient toute leur histoire. C'est lorsque Céleste l'ouvrira que tout se précipitera.

Mais s'il faut retenir que cette histoire se révélera de plus en plus complexe, c'est d'abord la créativité débordante de l'équipe de l'Avant-Pays qui séduira le spectateur. En clair, cela veut dire que l'on manipule ici les marionnettes, et même parfois ce qui en tient lieu, d'une façon absolument exceptionnelle dont je dirais qu'elle révolutionne le genre, si le mot «révolution» n'était si lourd de sens. C'est pourtant tout simple... Un peu comme les enfants dans leur sous-sol parviennent à donner vie tant aux manches à balais et aux vieux coffres qu'aux bouts de chiffons, on arrive dans L'Armoire à faire parler les chemises et les robes de soie, même à transformer les confidents en âne ou en serpent sous nos yeux sans que l'on mette une seconde en doute l'opération. Tout cela au vu et au su des enfants qui voient toujours les manipulateurs emprunter tous les visages et tous les rôles en endossant des bouts de costumes différents. Tout au long du spectacle, ce brio s'étale sous toutes les formes possibles, habillant toujours le côté échevelé du texte final de Brullemans qui parvient à conclure sans morale et sans leçon facile, sinon que tout devient possible lorsqu'on ose plonger pour retrouver ses racines.

On en redemande!