Théâtre - Les romantiques font la fête

Imaginez Delacroix, Liszt, Musset, Chopin et George Sand dans le manoir de campagne d'une grande duchesse qui s'ennuie profondément. Tout semble bien en place pour des affrontements féroces et loufoques entre ces génies du romantisme français. C'est ce que promet la metteure en scène Marie-Josée Bastien avec son adaptation théâtrale d'Impromptu du cinéaste James Lapine, qui prend l'affiche à La Bordée dès mardi, rue Saint-Joseph Est à Québec. La passion fougueuse à son paroxysme.

Il y a longtemps que les artisans du Théâtre Les Enfants Terribles souhaitent monter ce spectacle. Toutefois, il s'agit d'une tâche assez délicate qui nécessite la participation intense de huit comédiens. Un tel projet oblige également à faire des choix judicieux. En entrevue, Marie-Josée Bastien et Érika Gagnon, qui incarne George Sand, précisent qu'elles ont surtout voulu mettre l'accent sur la dimension humaine de ces figures légendaires. Selon la cofondatrice des Enfants Terribles, «on a insisté sur le côté délinquant et irrévérencieux de ces personnages en visite pour distraire la duchesse d'Antan. Ce qui m'a attirée vers le scénario de Sarah Kernochan réside beaucoup dans ce portrait de la première jeunesse de ces artistes fauchés. Ils n'allaient sûrement pas dire non à un peu de désinvolture et d'émancipation».

Toujours souriante, Bastien précise qu'elle ne voulait certainement pas concocter une pièce didactique sur le romantisme français. Il fallait donc s'inspirer du film mais aussi de certaines correspondances et d'un peu d'imagination personnelle. «On pourrait parler d'une suite de

24 tableaux humainement quotidiens. On découvre, chez ces personnages, la quête d'un absolu tant formel qu'idéologique. Ce n'est pas le génie qui compte mais plutôt cette jeunesse qui les pousse à se désirer, à se surpasser et à vivre une expérience mémorable à la campagne.»

Passion et raison

L'épisode chez la duchesse reste donc le noyau principal de cette adaptation qui insiste également beaucoup sur le rapport à la musique. Fort sympathique, la metteure en scène signale que l'écoute des oeuvres de Chopin a sans doute eu un impact sur son écriture. «La musique demeure l'un des éléments que j'ai voulu exploiter à fond pour ce spectacle. D'ailleurs, il y aura un pianiste sur scène à chaque soir pour interpréter du Chopin. De plus, Réjean Vallée incarne le célèbre compositeur qui se laissera tenter par George Sand, même si Musset se promène aussi dans les parages. Il ne faut jamais oublier qu'on a affaire à une comédie romantique qui s'intéresse davantage aux histoires de coeur qu'aux grandes leçons de ce courant artistique.»

Alors, que représente au juste le romantisme pour le réalisateur James Lapine, ou plutôt pour Marie-Josée Bastien? «Ce qui m'intéresse rejoint cet état d'esprit qui caractérise la fin du XIXe siècle. On a affaire à une nouvelle vision du monde, où la passion règne sur la raison. Dans la pièce, les protagonistes discutent, se détestent, s'aiment avec une ferveur qui reflète la complexité des caractères comme des sentiments. De plus, ils ne peuvent tout simplement pas refuser cette invitation pour dormir, manger et boire sans les moindres frais. C'est une chance exceptionnelle pour eux.»

Afin d'incarner George Sand, Érika Gagnon se remémore son expérience avec Claude Poissant dans Les Caprices de Marianne, de Musset. Elle ajoute aussi que le pendant émotif a eu un certain impact lors de cette adaptation d'Impromptu. «Ses passions amoureuses avec Chopin et Musset ont fait d'elle une figure légendaire du romantisme français. Sa révolte l'amène à personnifier ce mouvement pas si loin de nous aujourd'hui. Je crois qu'il existe toujours une grande actualité du romantisme. L'humour derrière ce spectacle devrait aussi mener le public à découvrir une autre facette de l'histoire de ces individus.» Outre Érika Gagnon en George Sand, Yves Amyot deviendra Alfred de Musset, Fabien Cloutier sera Delacroix, Jean-Sébastien Ouellette entrera dans la peau de Franz Liszt, Marie-France Tanguay incarnera sa maîtresse Marie d'Agoult et Véronique Aubut défendra le rôle de la duchesse. Autre détail, le chorégraphe Harold Rhéaume s'occupe des mouvements dans ce spectacle qui mise avant tout sur l'énergie créatrice autour de cette petite visite à la campagne.