Théâtre - La relève frappe un grand coup

Un texte solide, des acteurs doués, un metteur en scène qui a de l'imagination et de la fantaisie combinées à un jugement sûr: il n'en faut pas plus pour créer un bon spectacle. Qu'Olivier Aubin en soit à sa première mise en scène n'y change rien. Les Célébrations ravit le public dès le premier instant.

Le début du spectacle emprunte un procédé plutôt cinématographique. En quelques tableaux de moins de 30 secondes chacun, tous muets, couverts par la musique des années 70 — toute la production sera ponctuée de chansons de Renée Claude, Gilles Vigneault et consorts —, le spectateur assiste à la rencontre et aux fréquentations de Paul-Émile et Margot et les retrouve enfin dans leur logis, prêts à livrer leur quotidien de trentenaires «accotés», professionnels de la pensée (lui est professeur de philosophie, elle psychologue) qui s'interrogent sur la vie, la mort, l'amour, etc.

Vingt-cinq ans après que Michel Garneau eut écrit ce texte, on se surprend, en voyant le couple évoluer sur scène, à constater que les questionnements, les peurs et les angoisses qui tourmentent les individus n'ont pas tellement changé. Nous oscillons toujours entre les obsessions bien souvent incompatibles du plaisir et de la santé, entre l'indépendance et l'engagement, entre l'optimisme et le pessimisme. C'est sans doute pourquoi la pièce conquiert à ce point l'auditoire.

Ceci dit, il ne faudrait surtout pas négliger l'apport considérable des comédiens Annie Charland et Louis-Olivier Maufette au succès de l'entreprise. Ceux qui avaient vu le jeune homme, l'an dernier, dans la pièce Fool For Love avaient été étonnés de la présence imposante du jeune comédien, qui sait admirablement passer du tragique au comique à quelques instants d'intervalle tout en restant invariablement juste et crédible. Il est heureux de le retrouver ici tout aussi talentueux et charismatique. Sa partenaire, quoique légèrement plus discrète, campe sans fausse note le rôle de Margot.

Les deux comédiens, entre les scènes, chantent didascalies et poésie, ce qui confère dynamisme et originalité à la production. Bien que pas toujours nécessaires ni même utiles à la compréhension de l'action, ces intermèdes sont fort sympathiques. Saluons pour cela le metteur en scène Olivier Aubin, qui a le courage d'assumer sa jeunesse, son enthousiasme et ses idées innovatrices tout en ayant la sagesse d'éviter les défauts de l'inexpérience que sont, par exemple, l'exagération, la surenchère, l'humour à tout prix, etc.

Les costumes, la musique et les décors sont tout à fait conformes à l'époque dépeinte. La scène est meublée de deux fauteuils circulaires, d'un lit escamotable ainsi que de grandes bibliothèques artisanales faites de bois comme on en retrouvait fréquemment il y a un quart de siècle. Enfin, la décision de ne pas étirer l'action sur plus d'une heure dix est aussi fort judicieuse car le spectateur ne sent aucun temps mort et sort du spectacle complètement charmé. Comme quoi ce ne sont pas les budgets, les têtes d'affiche connues ou encore les classiques de la dramaturgie qui font les bonnes pièces: c'est simplement le talent.