Théâtre - Pour renouer avec Lentement la beauté

Acclamée par le public et la critique, l'équipe de Lentement la beauté reprend du service le temps de quelques représentations à Montréal et à Québec. Il s'agit d'une chance en or de voir ou de revoir cette pièce aux accents tchékhoviens.

Créé en 2003 par le Théâtre du Niveau Parking (TNP), Lentement la beauté a rapidement conquis le public des quatre coins du Québec. On y raconte l'histoire d'un homme sans histoire arrivé au mitan de sa vie. Un jour, il gagne des billets pour une représentation des Trois Soeurs de Tchekhov. Bouleversé par l'univers du dramaturge empli de questions sur le sens de la vie, l'homme entamera une recherche sur la pertinence de sa propre existence.

Le projet est né en 1999 du désir de l'équipe du TNP de renouer avec la création collective. À ce moment, la troupe venait tout juste d'accueillir de nouveaux comédiens dans ses rangs. «Avec l'arrivée de Marie-Josée Bastien, d'Hugues Frenette et de Véronika Makdissi-Warren, on voulait faire un projet de création collective pour apprendre à se connaître artistiquement, explique Michel Nadeau, auteur et metteur en scène. Au début, j'avais simplement l'idée d'un homme qui va voir Les Trois Soeurs. Il sort de la représentation chamboulé parce qu'il reconnaît sa vie dans l'élan des soeurs vers un ailleurs meilleur où elles n'iront jamais.»

Le thème de la création en main, l'équipe se plonge dans des ateliers d'improvisation et des séances d'écriture afin d'affiner les enjeux dramatiques et les pulsions des personnages. Au coeur du processus, l'équipe s'était donné pour défi d'écrire une pièce sans conflit apparent.

«Le théâtre se construit autour d'une action dramatique alimentée par les conflits entre les personnages. La résolution suit généralement la crise. On a voulu travailler sur une autre piste. Dans Lentement la beauté, un peu comme dans la vie, les conflits sont intérieurs. Notre personnage vit de profonds bouleversements, mais sans jamais les faire subir à son entourage. Ce sont les spectateurs qui perçoivent les conflits du personnage, même si ceux-ci ne sont pas explicites.»

Après trois ans de tournée partout au Québec, Michel Nadeau est encore étonné de l'impact de la pièce sur les spectateurs. «Comme beaucoup de monde, notre personnage a consacré sa vie à sa famille et à son travail. Il a soigneusement défini le carré de sable dans lequel il évolue et, sans même s'en rendre compte, il a fini par en devenir prisonnier. Son passage au théâtre le force à changer sa perception de sa vie. Ce qui lui semblait confortable devient subitement inconfortable.

Il entend un appel vers autre chose, mais sans trop savoir vers quoi. Quand on regarde autour de nous, c'est une crise existentielle vécue par de nombreuses personnes.»

Contrairement à la dramaturgie moderne qui est, selon Nadeau, souvent noire et dure, le TNP voulait faire de la pièce un objet clair et lumineux. «Le personnage ne va pas tout détruire autour de lui pour résoudre sa crise intérieure, mais plutôt transformer sa perception du monde pour faire place à la beauté.» À en croire la rumeur élogieuse qui la précède, il ne faut surtout pas manquer cette ode à la vie et au théâtre de retour le temps d'un souffle.

Un texte de Michel Nadeau, en collectif avec Marie-Josée Bastien, Lorraine Côté, Hugues Frenette, Pierre-François Legendre, Véronika Makdissi-Warren et Jack Robitaille. Mise en scène: Michel Nadeau. Décor et accessoires: Monique Dion. Costumes: Marie-Chantale Vaillancourt. Éclairages: Denis Guérette. Bande sonore: Yves Dubois.

Lentement la beauté. À Montréal du 6 au 10 juin au Théâtre d'Aujourd'hui. À Québec du 13 au 17 juin au théâtre Périscope