Théâtre - Mélodrame chanté

Cela semble être devenu quelque chose comme une tradition: du théâtre musical de qualité créé au Centre culturel de Joliette, sous la direction experte du metteur en scène René Richard Cyr. Les Productions Libretto ont connu leurs premiers succès avec Les Parapluies de Cherbourg en 2001 et L'Homme de la Mancha l'année suivante. Pièce moins connue que celles déjà mentionnées, Frères de sang a toutefois récolté les fleurs de la critique lors de sa présentation à l'été 2004, notamment grâce à l'excellence de sa distribution.

La Compagnie Jean-Duceppe reprend ce drame musical riche en larmes et en rires, oeuvre du Britannique Willy Russell.L'auteur de Shirley Valentine et du fameux Educating Rita — objet d'une adaptation cinématographique avec Michael Caine — orchestre un autre choc des classes sociales dans cette pièce écrite durant les années Thatcher.

Créée au Liverpool Playhouse en 1983, puis déménagée à Londres pour cause de succès populaire, couronnée par le Best Musical Award, Blood Brothers déroule une histoire classique de riche et de pauvre. Dans cette saga débutant dans les années 30 et s'étalant sur deux décennies, une mère de sept enfants abandonnée par son mari est confrontée à un dilemme déchirant quand elle accouche de jumeaux. La maman aimante mais désargentée accepte donc de confier l'un des bébés à son employeuse fortunée (Geneviève Alarie). Grandissant dans des quartiers très différents, les deux garçons (Éric Paulhus et Benoît McGinnis) deviendront pourtant amis, puis rivaux, en toute ignorance de leur lien de sang...

«C'est Le Choix de Sophie, en fait», dit en rigolant Maude Guérin, qui incarne la malheureuse mère. La comédienne a été séduite par l'humanité de ce récit, qu'elle qualifie de «divertissement, mais avec de la matière». «Notre priorité, c'est de rentrer vraiment dans la vérité de ces personnages, même s'ils ne sont pas si complexes que ça. Je pense que cette histoire rejoint tout le monde. Frères de sang est un mélodrame et c'est assumé comme tel. On y va à fond, et on joue vrai. C'est un show qui demande beaucoup de rigueur et un jeu très soutenu, parce qu'il est composé de courtes scènes.»

La pièce a aussi permis à Maude Guérin de montrer une facette inédite de son talent. L'interprète de Motel Hélène en a surpris plus d'un avec sa voix solide et juste. Elle «enfile des airs parfois difficiles comme si le musical était sa spécialité», écrivait en juillet 2004 ma collègue Solange Lévesque.

Cette admiratrice des comédies musicales aura finalement accompli son rêve d'enfance. «On découvre souvent des choses insoupçonnées quand on nous pousse à faire quelque chose. J'ai hésité un peu lorsque René Richard m'a offert le rôle. Je ne savais pas si je serais capable de chanter sur une scène devant des centaines de personnes. Finalement, j'y prends un malin plaisir. Aussi parce que je suis consciente que les spectateurs savent que je suis d'abord une actrice qui chante. Pas une chanteuse. C'est mon personnage qui chante.»

Avec ses quatre «très bons» musiciens sur scène, jouant selon des arrangements orchestrés par Benoît Sarrasin, Frères de sang demeure toutefois un spectacle théâtral avant tout. «Les chansons font avancer l'histoire. On est vraiment dans du théâtre musical, et c'est ce qui m'intéresse. René Richard est passé maître dans l'art de monter des drames musicaux. Il sait comment rendre le spectacle vrai et humain. On a peu de moyens, comparativement à un spectacle comme Dracula, par exemple. Ce qu'on met en avant, c'est le texte, les acteurs et la musique. On n'assiste pas à Frères de sang pour y voir Maude Guérin chanter! Bon, on est curieux, c'est sûr, mais on vient d'abord voir une pièce... »

Frères de sang. Texte de Willy Russell, mise en scène de René Richard Cyr. Au Théâtre Jean-Duceppe, du 19 avril au 27 mai.