Théâtre - La voie du succès

Qui aurait pu prédire qu'une pièce portant un titre étrange comme Gagarin Way allait connaître du succès d'un océan à l'autre? Pourtant, les 67 représentations prévues, de Vancouver à Moncton, pour le spectacle coproduit par le Théâtre de la Manufacture et Trans-Théâtre ne mentent pas. Pas plus que les quatre semaines où la comédie noire de l'Écossais Gregory Burke revient à La Licorne pour remuer le public montréalais avec le projet fumant de deux travailleurs qui se croient de taille pour lutter contre les gros méchants capitalistes.

Cette réussite surprend moins quand on sait que le metteur en scène, Michel Monty, a tenu la barre du navire. Ce dernier était aussi derrière le gouvernail de La Société des loisirs de François Archambault. Même direction, même rayonnement. En fait, la tournée de Gagarin Way emprunte sensiblement la même route que le succès précédent. On doit aussi à l'homme de théâtre de 42 ans plusieurs moments de théâtre mémorables enregistrés par La Licorne au fil des ans.

«Comme metteur en scène, dit-il, je ne travaille pas ailleurs. Aucune autre direction artistique ne m'appelle. C'est quelque chose que je m'explique difficilement et à quoi je ne trouve pas de réponse. J'ai pourtant fait des shows qui ont bien fonctionné et roulé longtemps. Un jour, peut-être. Par contre, comme acteur et comme auteur, j'ai des projets un peu partout.»

Il est vrai que Monty a la fibre politique et ne dédaigne pas les drames musclés. Alors que son plus récent travail parle de lutte des classes à l'heure de la mondialisation, il a abordé, par le passé, l'exploration polaire (Antartikos), la fabrication de canons (Deux dans le dos, trois dans la tête) et le piratage informatique (Cyberjack).

L'habile directeur d'acteurs n'est pas étonné de la fortune que connaît la fable politique. Après tout, rappelle-t-il, Gagarin Way avait tenu huit mois à Londres. Et s'il convient que la pièce a des défauts, ses qualités les font oublier. De plus, insiste-t-il, le propos est pertinent. De l'avis de Monty, plus encore aujourd'hui qu'au moment où l'oeuvre a été écrite. Depuis sa création en 2004, il a coupé dix minutes au spectacle et l'a ramené à une heure trente. En effet, le rythme compte beaucoup pour cet obsédé «de la peur d'ennuyer les gens».

Outre une traduction âpre d'Yvan Bienvenue et une distribution époustouflante, composée de David Boutin, de Daniel Gadouas, de Stéphane Jacques et de Francis Poulin, le metteur en scène mise ici sur deux émotions fortes. Terreur et humour alternent tout au long de la représentation afin de soutenir l'attention du spectateur. Ingrédients de choix qui ont sans doute persuadé Monty de monter ce regard désabusé sur le monde syndical.

Car, de son propre aveu, s'il n'est pas convaincu qu'un projet va être bon, il ne le fait pas.

Dur et sans compromis, le metteur en scène de Gagarin Way? Certainement pas autant que les têtes brûlées au coeur d'une aventure qui n'est pas destinée aux coeurs sensibles. Mais ceux qui suivent son travail savent que Michel Monty ne fait pas un théâtre pour enfants de choeur. Et allez savoir pourquoi, le public en redemande!

Gagarin Way, de Gregory Burke, traduction d'Yvan Bienvenue, mise en scène de Michel Monty, à La Licorne (Montréal) du 7 mars au 1er avril, puis en tournée canadienne jusqu'au 13 mai.