Théâtre - Un Hamlet d'aujourd'hui

Québec — La troupe du Niveau-Parking à qui l'on doit le touchant Lentement la beauté nous revient avec une création inspirée par l'histoire d'Hamlet. Le drame se déroule ici et maintenant, et le prince imaginé par Shakespeare s'incarne ici en un certain Hubert. Quant au royaume du Danemark, il prend la forme d'une compagnie québécoise prospère.

Hubert (Hugues Frenette) n'ayant que faire de l'entreprise de son père, est parti, sac au dos, aux États-Unis. La pièce débute à l'aube de son retour, au terme d'un long voyage de deux ans et demi. Une expérience mystique au beau milieu du désert le pousse à rentrer chez lui pour affronter son père: non, il ne lui succédera pas à la tête de la compagnie.

Or, une fois à la maison, le choc est brutal: papa est mort dans un accident et maman (Lorraine Côté) se prépare à épouser tonton Claude (Yves Amyot) qui dirige désormais l'entreprise familiale. De fait, l'arrivée du jeune homme, aussi aimé soit-il, vient bouleverser le précaire équilibre de ce petit monde.

De sa mère paniquée à Rosalie, l'amoureuse qu'il a abandonnée (Mathilde Lavigne), en passant par cet oncle qui le perçoit comme un rival, tous attendent ou craignent quelque chose de ce jeune homme sans réponse qui fait figure de détonateur. Comme en témoignent les interventions savoureuses du père de Rosalie, Paul (Jack Robitaille): «Tu sais jamais par où le pogner. [...] C'est un indéfini. Il est intelligent mais indéfini. C'est les pires ça. Ils ont les mots qui ont l'air vrais, qui s'insinuent partout, dans toutes les têtes, toutes les idées, pis qui peuvent mélanger pis détruire n'importe qui. [...] C'est eux autres qui renversent les systèmes pis qui font tuer tout le monde pour faire triompher leurs idées.»

La transposition d'Hamlet dans le contexte de notre époque est crédible et, dans le questionnement existentiel d'Hubert, ni Shakespeare ni notre monde ne sont trahis. Construit à partir d'improvisations en groupe, le texte de Michel Nadeau met en outre en évidence un thème particulièrement sensible aujourd'hui: les conflits de générations. Ainsi, au-delà de l'enjeu de la trahison qui traverse l'oeuvre, on campe ici un portrait très juste d'une génération qui peine à trouver sa place, dans un monde dont elle conteste, par surcroît, les valeurs dominantes.

Certes, le Théâtre du Niveau-Parking ne livre pas ici une production du calibre de Lentement la beauté, laquelle fera d'ailleurs l'objet de nouvelles reprises à Québec, ce printemps. À part quelques ouvertures plus étonnantes, comme les deux scènes dans l'autobus fantôme (particulièrement réussies), il s'agit d'un spectacle beaucoup simple, tant dans la structure de l'intrigue que dans la facture. Or, dans cette pièce-ci, comme dans cette pièce-là, on a su trouver le ton qu'il fallait pour que les spectateurs trouvent dans le théâtre l'écho de leurs drames.

Collaboratrice du Devoir

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