Zéro-12 - Théâtre jeunes publics - Un grand saut dans le vrai

Un classique et deux créations. C'est la meilleure façon de plonger dans un milieu qui a bien besoin d'être fréquenté assidûment et qui se remet à peine de deux demi-saisons douloureusement marquées par le boycottage des activités culturelles par les enseignants de l'école publique.

Ça y est: c'est reparti! Depuis la rentrée scolaire du début d'année, les autobus jaunes et leurs petits passagers se sont remis à fréquenter les salles de théâtre. Yeah! Il était temps. Mais ce n'est pas encore le plein régime puisque la dernière opération de boycottage a laissé partout des plaies mal cicatrisées. Il est donc possible que les enseignants de l'école que fréquente votre enfant ne se soient pas encore remis au théâtre. Et c'est donc vers des représentations familiales des trois spectacles que je vous suggère ici qu'il faudra peut-être vous diriger...

Ce qui, vous le verrez rapidement, peut causer problème. En effet, les représentations familiales sont données les fins de semaine et si vous consultez par exemple le calendrier des représentations de Une histoire dont le héros est un chameau et le sujet, la vie qui prend l'affiche de la Maison Théâtre du 2 au 26 mars, vous verrez que déjà la majorité des salles du samedi et du dimanche affichent complet (en fait 8 des 14 représentations prévues durant la semaine de relâche et les fins de semaine). Mais ce n'est pas toujours le cas et, de toutes façons, les diffuseurs rivalisent d'invention pour rendre leurs salles disponibles lorsque la demande est là, comme par exemple durant la semaine de relâche. Il vous faudra donc jouer du téléphone.

Bon. Là-dessus, allons-y méthodiquement avec nos suggestions de spectacles en procédant par tranches d'âge.

Pour les plus jeunes

Trois spectacles, donc: deux à Montréal, un à Québec. Deux tout neufs et un classique. Pour les jeunes de 4 à 8 ans d'abord, on vous recommande très fortement Une histoire dont le héros est un chameau et le sujet, la vie à la Maison Théâtre.

C'est un texte du très sollicité Jean-Rock Gaudreault, qui travaille pour la deuxième fois pour les marionnettes de la compagnie Les Amis de chiffon — il avait écrit pour eux La Maladie fantastique présentée l'an dernier, rue Ontario. C'est une toute nouvelle création qu'on n'a pas encore vue dans la grande région métropolitaine, mais l'auteur nous avouait en entrevue, il y a quelques semaines à peine, qu'il y a quelque chose d'absolument fascinant à écrire pour des morceaux de tissu accrochés à des bouts de bois. Quand on consulte le programme, on peut y lire que «les marionnettes de ce spectacle nous entraînent avec elles dans une véritable caravane d'images, de sons et de mouvements. Dans un texte chargé de rêves et de rires, au rythme des musiques envoûtantes du désert, c'est l'histoire de la vie qui nous est contée. Tout simplement.» Ça vaut le coup d'y plonger, non? Surtout que le spectacle est présenté tous les jours durant la semaine de relâche scolaire et qu'au moment d'écrire ces lignes, il reste encore des places.

Le deuxième spectacle est destiné aux enfants de 8 à 12 ans. Il s'agit de Conte de la lune qui prend l'affiche des Gros Becs, à Québec, du 15 au 26 mars. Ici aussi, il s'agit d'une création dont il est difficile de parler puisqu'on ne l'a pas encore vue. On sait que son auteur et metteur en scène, Philippe Soldevilla, s'est inspiré librement des nouvelles catalanes de Pere Calders pour raconter une histoire touchante ayant la guerre civile espagnole pour toile de fond. Cette délicate relation entre un fils et son père qui revient du front est une coproduction Théâtre des Confettis, Théâtre Sortie de secours et Théâtre populaire d'Acadie. Une belle occasion de sauter dans le monde de Pere Calders qu'on connaît peu et que Soldevilla explore depuis déjà quelques années.

Pour les ados

En 2003, Au moment de sa disparition remportait trois Masques de l'Académie québécoise du théâtre: celui du meilleur texte original, celui de la meilleure mise en scène et celui du spectacle jeunes publics de l'année. Ce n'est surtout pas dû au hasard ou à une conjonction particulière des astres. Ce texte de Jean-Frédéric Messier mis en scène par Benoît Vermeulen séduit tout le monde depuis sa création: en France, la production a fait un véritable tabac en faisant prendre conscience aux cousins qu'on pouvait écrire des pièces pour les adolescents. Je l'ai déjà vue à deux reprises et c'est avec plaisir que je la reverrai à la Maison Théâtre quelque part entre le 12 et le 23 avril.

C'est une histoire déchirante, celle du lien profond qui relie Dave à son grand frère JF disparu dans le désert de l'Arizona. Mais c'est aussi la façon dont l'histoire est racontée qui fait le charme et l'intérêt de cette production qu'il ne faut rater sous aucun prétexte.

Bien sûr, j'ai un peu triché puisqu'on recommande un âge minimal de 14 ans pour bien profiter du spectacle. Mais comme il arrive souvent qu'on laisse les pré-ados — eux qui flottent entre la fin du primaire et les tout-débuts du secondaire — s'arranger tout seuls dans leur coin, j'ai pensé leur proposer un grand saut dans le vrai avec cette histoire qui saura les toucher. Surtout que, si vous les accompagnez, vous vous ferez le cadeau d'un spectacle exceptionnel.

On vous revient dans quelques mois avec des nouvelles toutes fraîches du festival Petits Bonheurs destiné aux tout-petits de 0 à 6 ans.