Théâtre - Voyage express

Blaise Tardif, Valérie Beaulieu, Daniel Desparois et Carl Poliquin dans la pièce Le Tour du monde en quatre jours.
Source: Le Vieux Coffre
Photo: Blaise Tardif, Valérie Beaulieu, Daniel Desparois et Carl Poliquin dans la pièce Le Tour du monde en quatre jours. Source: Le Vieux Coffre

S'il avait vécu en 2006, Jules Verne n'aurait sans doute pas écrit son Tour du monde en 80 jours. Trop petite, la planète, dont on peut désormais faire la révolution en quatre petites journées! Dans cette ludique et «très libre» adaptation de ce roman écrit en 1873, le célèbre auteur d'anticipation — dont on a commémoré le centenaire de la mort l'an dernier — décide pourtant de transposer son récit dans le monde d'aujourd'hui.

Jules Verne y est transplanté dans un café Internet sous la forme d'une fort belle marionnette à laquelle Marie-France Desranleau prête habilement voix. Fasciné par la technologie, le vieil auteur y remet en jeu le pari rocambolesque relevé par le flegmatique Phileas Fogg (Blaise Tardif, british jusqu'au bout du parapluie) et son fidèle domestique Passepartout (Daniel Desparois), un Parisien pur béret. On suit donc ces personnages typés, incarnés avec couleur et bonne humeur, dans leur court périple autour du globe.

À l'heure de l'aviation, force est de compter que ce pari n'a plus rien d'un défi audacieux. Le voyage ne peut être court-circuité que par les retards des engins volants... ou alors par les manoeuvres du narcissique détective Fix (Carl Poliquin), lancé aux trousses de Fogg qu'il confond avec un cambrioleur de haut vol. La plus longue escale posera nos héros en Inde, le temps de sauver de l'immolation une jolie femme (Valérie Beaulieu). Sinon, ce survol accéléré du monde se déroule beaucoup dans les aéroports et les avions, là où l'adaptation contemporaine est la plus flagrante, intégrant la paranoïa post-11 septembre et imaginant des terroristes plutôt loufoques...

Destiné à un public âgé de 12 ans et plus, Le Tour du monde en quatre jours est plutôt maigre, côté propos: une courte réflexion sur le rythme frénétique de notre époque et sur la technologie (Passepartout trimballe un cellulaire mais n'a jamais le temps de vraiment parler à son interlocuteur). L'intérêt du spectacle réside ailleurs.

Le grand plaisir, c'est de voir comment la jeune compagnie Le Vieux Coffre réussit à illustrer cette aventure. La mise en scène de Carl Poliquin compense en imagination et en ingéniosité ce dont elle manque en moyens. On y déploie tout l'arsenal d'un créatif théâtre d'objets, où une vadrouille, un ouvre-bouteille ou un cintre peuvent incarner un personnage. Nos héros embarquent-ils sur une mobylette? Des malaxeurs symbolisent les guidons et un ventilateur vient donner l'illusion du mouvement. Et je m'en voudrais de trop déflorer la scène la plus brillante du spectacle, irrésistible évocation de la routine du gendarme et du voleur des guignols... L'invention est constante et maintient l'intérêt du public, malgré l'intrigue plutôt mince et parfois un peu décousue. Ajoutons que le plaisir affiché par les interprètes se révèle absolument contagieux.

Comme souvent, on y trouve donc son bonheur non pas tant dans la destination mais dans le voyage lui-même et les chemins de traverse qu'il emprunte...

Collaboratrice du Devoir