Théâtre - Sophie, le choix de Sylvain

Les faits divers ne font pas que des manchettes. Certains sont aussi à l'origine de pièces de théâtre. C'est ainsi que le meurtre en Colombie-Britannique de Reena Virk, une adolescente de 14 ans, assassinée par ses amies, a conduit l'auteure dramatique anglo-canadienne, Joan MacLeod, à composer The Shape of a Girl. Devenu en français Cette fille-là, dans la traduction d'Olivier Choinière, le monologue d'une heure a été présenté à la Licorne le printemps dernier. Plusieurs se rappelleront également que l'actrice Sophie Cadieux incarnait Braidie, l'adolescente tourmentée au centre de ce drame.

Toutefois, Sylvain Bélanger est sans doute celui qui s'en souvient le mieux étant donné qu'il signait alors sa première mise en scène. Une réussite sur toute la ligne dont la reprise ne fut pas de tout repos, précise le principal intéressé. Car c'est plus difficile de se remettre dans le bain, convient-il, quand il y a une seule interprète. De plus, deux ans avaient passé depuis la création. Sophie Cadieux avait vieilli. Le défi consistait surtout à retrouver la pureté de cette fille-là. Pourtant, peu avant le début des représentations, Bélanger est confiant. Non seulement la candeur est de la partie, promet-il, mais les choses ont pris de la profondeur et Sophie, qui s'est imposé à lui dès l'audition, est encore meilleure. Et ce, même si pour l'essentiel, rien n'a bougé. À l'exception du phrasé, dit-il, et de quelques silences qui ont été placés.

Sylvain Bélanger, aussi acteur, avoue que le rôle de Braidie est de ceux qui lui auraient plu : «Totalement. Tourmenté, tu dis. Et j'aime en plus ce que le personnage porte comme prise de parole et de responsabilité. C'est tellement intéressant de jouer quelque chose qui va dans ce sens-là. Mais c'est surtout un rôle parfait pour Sophie.»

À la tête du Théâtre du Grand Jour, Sylvain Bélanger cherche justement à créer des événements et des spectacles où le public est vraiment interpellé. Or, des réactions, Cette fille-là en a suscité. Tout plein de mères et de filles sont venues assister à la pièce ensemble. Et le plus souvent, elles ont témoigné de ce que le spectacle les renvoyait à ce qu'elles vivaient. La chose a sincèrement réjoui Bélanger dont la plus grande peur est de faire un théâtre qui ne concerne pas les gens.

Le succès est tel d'ailleurs qu'après la reprise à la Licorne, Cette fille-là part en tournée durant un mois. Alma, Sept-Îles et Le Bic ne sont que quelques-unes des étapes d'un circuit où le courant devrait continuer à passer entre salle et scène. Et même s'il s'agit d'une pièce à une seule actrice, le décor demeure relativement imposant au point qu'une trentaine de pouces devra être retranché au vieux quai pour qu'il puisse s'arrêter à Lac-Mégantic. Il en faudrait toutefois davantage pour arrêter un Sylvain Bélanger et une Sophie Cadieux, qui prennent la route parce qu'ils croient au message d'espoir véhiculé par une pièce grave, mais loin d'être désespérante.

Cette fille-là
De Joan MacLeod.
Traduction: Olivier Choinière.
Mise en scène: Sylvain Bélanger.
À la Licorne du 7 février au 4 mars, puis en tournée au Québec du 7 mars au 8 avril.