Théâtre - Narcisse à Métis

Québec — Des miroirs, des reflets, des tableaux, des portraits... L'univers de La Société de Métis de Normand Chaurette est merveilleusement servi par la mise en scène de Joël Beddows qu'on peut voir ces jours-ci au Périscope.

La rencontre entre Beddows et cette oeuvre de Chaurette est d'autant plus heureuse que le metteur en scène a l'habitude de s'inspirer de peintres pour monter ses pièces. Or la pièce raconte justement une histoire de tableaux.

Dans la salle oubliée d'un petit musée, des portraits se remémorent un été passé ensemble dans les jardins de Métis-sur-Mer. Nous sommes en 1954, dans ce qu'on appelait alors la «bonne société». La richissime Zoé P. (Érika Gagnon) reçoit ses invités: Octave (Hugo Lamarre), un aveugle au coeur pur, la triste Pamela (Lina Blais), qui ne vit que pour ses verres de champagne, et Casimir Flore (Guy Mignault), le capitaine pompier.

De l'autre côté du marais, un mystérieux peintre entreprend de faire leurs portraits. Pour Zoé P., l'acquisition de ces toiles s'impose comme une question de vie ou de mort. À défaut d'avoir eu la vie qu'elle aurait souhaitée, cette femme désespérée veut avoir le contrôle sur l'image qui lui survivra. Sa satisfaction ne sera pas exempte de sacrifices...

Une tristesse infinie se dégage de ce spectacle d'une grande cohérence et d'une rare richesse visuelle. Le scénographe Jean Hazel, dont le travail a été récompensé au dernier Gala des Masques, surprend une fois de plus. Étendus dans le creux de la scène, ces étranges portraits nous apparaissent d'abord dans de grands miroirs. Entre les scènes, la lumière et les miroirs se rencontrent pour produire de doux reflets qu'accompagnent des extraits de piano bien choisis.

Les habits blancs teintés de sang imaginés par Isabelle Bélisle donnent aux personnages l'allure de momies. Le ton froid et distancié de leurs conversations ajoute au caractère surréaliste de l'ensemble. Parfois, la mélancolie laisse aussi la place à l'humour grâce au jeu de Lina Blais, qui a su bien exploiter le potentiel comique du personnage de Pamela. Voilà en somme un spectacle audacieux et particulier dont on n'a sûrement pas fini d'entendre parler.

Collaboratrice du Devoir