Le Metropolitan Opera à domicile: une aubaine?

Quand le DVD d'opéra est apparu, on comptait deux grands absents sur le marché: l'éditeur Deutsche Grammophon (DG) et, parmi les grands centres lyriques, le Metropolitan Opera. Depuis un an, tous deux mettent les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu.

La méfiance initiale de ces partenaires naturels était explicable: ils ont été des pourvoyeurs importants du catalogue de vidéos en Laserdisc entre 1990 et 1994. Ce marché n'ayant jamais décollé, DG y a, économiquement, laissé des plumes et n'a pas investi dans le DVD. En 2002 a enfin été annoncé un accord entre l'institution new-yorkaise et l'étiquette allemande pour une collaboration sur ce support.

On espérait alors voir principalement des spectacles tournés à partir de 1994, qui n'avaient pas connu antérieurement les honneurs d'une édition. Erreur: les représentations déjà connues, captées dans les années 1980, ont fourni le gros contingent des parutions. Cela pose-t-il problème? Un peu...

De nouveaux standards

Arthaus, TDK et Opus Arte, les nouveaux acteurs du marché, ont construit leurs catalogues sur des captations récentes. Il s'agit souvent d'images tournées en 16/9, en haute définition et avec un son capté en multicanal. Nos yeux et nos oreilles se sont habitués à ce luxe. Un luxe que l'on ne peut attendre d'un tournage de 1984!

Deutsche Grammophon aurait sans doute eu intérêt à créer deux collections: l'une avec des «grandes archives», l'autre avec des spectacles récents. Il était également inutile d'adjoindre une piste sonore 5.1 artificiellement créée, qui dilue l'impact sonore. Enfin, il faut noter que les anciennes productions ont souvent été filmées en ne rehaussant pas assez les éclairages, condition sine qua non d'une image télévisuelle efficace. Au pire (La Bohème en 1977 avec Pavarotti), c'est «irregardable». Parfois (Rigoletto), on évolue dans une pénombre diffuse. Au mieux (le Don Carlo, récemment paru), il y a un fort contraste entre les chanteurs et le fond de scène. Par contre, DG a fait un grand effort pour optimiser la compression visuelle qui, jadis, était fort défaillante. Le Don Carlo de Verdi le prouve: l'image est très stable.

Il reste donc à sélectionner les DVD au-delà des grands spectacles, des plateaux richissimes et des décors cossus. À ce titre, nous vous avons conseillé au fil des mois un certain nombre de titres: Les Maîtres chanteurs de Nuremberg et Tristan et Isolde de Wagner, filmés dans les années 2000, le diptyque Il Tabarro/Pagliacci (Puccini/Leoncavallo) de 1994 et, dans une moindre mesure, le Don Giovanni de Mozart avec Bryn Terfel.

Parmi les 29 titres parus, on ajoutera à cette sélection, la très belle production de 1992 de La Fanciulla del West, opéra rare de Puccini, tenu par un trio vocal imposant formé par Placido Domingo, Sherrill Milnes et Barbara Daniels; Fedora de Giordano avec Mirella Freni et Placido Domingo; une luxuriante production de Nabucco de Verdi en 2002, hélas handicapée par la fatigue vocale de Samuel Ramey; le Fidelio de Beethoven, porté par la Leonore de Karita Mattila; L'Élixir d'amour de Donizetti, avec Kathleen Battle et Luciano Pavarotti, ainsi que, nostalgie oblige, le Don Carlo de 1983 avec Nicolaï Ghiaurov, Placido Domingo, Luis Quilico, Ferruccio Furlanetto, Mirella Freni et Grace Bumbry. Ce n'est déjà pas si mal...

Collaborateur du Devoir

- Le «MET» en DVD

Cinq titres prioritaires: Il Tabarro&Pagliacci (Puccini/Leoncavallo) - Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg (Wagner) - Tristan et Isolde (Wagner) - La Fanciulla del West (Puccini) - Fedora (Giordano).