Vitrine du disque

Electric

Larry Corryel

Victor Bailey

Lenny White

Étiquette Chesky

Présentons-les: Larry Corryel est un guitariste furieux, Lenny White, un batteur incorrigible, et Victor Bailey, un bassiste un tantinet m'as-tu-vu. Le trio est un assemblage de gros noms. En clair, il s'agit d'un power trio où la règle numéro un est la suivante: multiplier les effets pyrotechniques pour racoler les crédules. Bref, on est à mille lieues de la simplicité, de la sensualité et de la finesse. Du début à la fin, on a le sentiment désagréable d'entendre des musiciens qui carburent uniquement à la testostérone. C'est dire à quel point le tout est épuisant. Rien à faire: Corryel se complaît dans son éternel défaut, la démonstration de ses capacités techniques. Il gâche son talent. Il arrive souvent qu'on entende le bipède s'exclamer: le jazz, c'est platte. Et le bipède a souvent raison. On vous prévient, cet album est exemplaire de cela, de ce jazz qui rebute. À éviter à tout prix, même si on vous l'offre.

Serge Truffaut

***

Décroise les yeux

Maharajah

Triades - Sélect

Exception faite des toutes premières notes de Décroise les yeux, ne cherchez pas sur le premier album de Maharajah des références musicales indiennes, ce serait peine perdue. Les six membres — dont l'ex Mauvais Quart d'heure Simon Bédard et la chanteuse Mélanie Scala —, gagnants du Challenge Live Molson Dry CKOI en 2005, font dans le rock grand public, aux tendances country (Tout nu, Le Vide en dedans), parfois folkloriques (Rockégigue). Aux guitares électriques lourdes mais ultra polies s'ajoutent sur quelques pièces le violon et le mélodica de Delphine Véronneau, qui bonifient la douzaine de titres plutôt homogènes. Avec ce premier effort, Maharajah ne réinvente pas la roue mais offre une musique qui n'a rien à envier à celle des Capitaine Révolte ou des Éric Panic de ce monde. Ça se gâche toutefois du côté des textes, aux morales simplistes et aux rimes forcées. «La vie, tu vois, c'est comme une fleur / Il faut de la lumière pour ne pas qu'elle meure» (La Révolution). À voir ce soir sur la scène de La Place à Côté.

Philippe Papineau

***

Live in Japan

Väsen

NorthSide - Outside

Ils en sont à leur troisième enregistrement devant public depuis 1996. Pire encore, la majorité des pièces de ce Live in Japan se trouvaient déjà sur Keyed Up, album plus déglingué lancé... l'an dernier. Mais le plaisir viendra tout de même à l'écoute de ce disque assez différent des autres pour en justifier la pertinence, d'autant plus qu'un DVD accompagnateur permet de retracer toute l'histoire de ce splendide groupe trad suédois qui, à l'aube de la décennie, après une période de création en quartette, a retrouvé toute l'intimité et la puissance du trio acoustique avec sa musique plus libre et plus contemporaine que jamais. Väsen a révolutionné l'usage du nickelhapa, une vielle à clavier devenue instrument emblématique de la tradition musicale de Suède, en lui adjoignant la guitare à 12 cordes, qui accompagne avec grande finesse et même des débordements hardcore, et l'alto, qui occupe la deuxième ligne mélodique. Curieusement, la musique nous fait pénétrer à la fois dans le très ancien, le raffinement classique et l'énergie rock.

Yves Bernard

***

Noël en Nouvelle-France

Ensemble et Choeur Radio Ville-Marie

Sous la direction de Simon Fournier

Novalis

D'un point de vue musical, quelle allure avait la fête de la Nativité en Nouvelle-France? C'est ce qu'évoque, sans zèle musicologique excessif, ce Noël en Nouvelle-France de l'Ensemble et Choeur Radio Ville-Marie, placés sous la direction du baryton Simon Fournier. Aux incontournables cantiques de Noël, Dans cette étable par exemple, servis avec des accents baroques, s'ajoutent d'autres célèbres mélodies (Venez, divin Messie, entre autres), accompagnées de textes traditionnels redécouverts, deux chants grégoriens et des cantiques rythmés par la musique de Lully et de Rameau. Rivalisant de virtuosité, les brillants interprètes de l'Ensemble Radio Ville-Marie donnent une saveur unique à ce disque de Noël haut de gamme. On a beau sourire un peu en entendant le choeur et les excellents Simon Fournier et Anick Pelletier prononcer à l'ancienne avec à-propos («les palais des roués»), la solennelle grandeur de ce qu'on entend nous oblige à conclure que la Nouvelle-France musicale qu'on nous rend ici n'est pas celle qui résonnait dans les cuisines de colons.

Louis Cornellier

***

HYVER

Îuvres de Corrette, Boismortier et Clérambault. Karina Gauvin (soprano), Les Boréades. ATMA ACD2 2352.

Hyver est le nom d'une cantate à voix seule de Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755) à laquelle Karina Gauvin prête une voix aguerrie au style français. Il est heureux de trouver dans ce répertoire, souvent accaparé par des pipelettes aux timbres blanchis, une vraie voix assise et charnue. On espère pour Karina Gauvin que ce CD lui ouvrira les portes de la scène baroque française, consécration qu'elle mérite autant que Marie-Nicole Lemieux. On est aussi ravi d'entendre le son parfaitement rond et équilibré réalisé pour ce disque, ce qui n'était pas le cas de l'opus précédent des Boréades (CPE Bach). Cet Hyver de Boismortier est entouré par une autre cantate à voix seule, Orphée, de Nicolas Clérambault (1710), et deux oeuvres purement instrumentales, l'ouverture et la suite de Don Quichotte chez la Duchesse de Boismortier et le Concerto comique n° 25 de Corrette, qui reprend des airs alors en vogue, dont celui, fameux, des Sauvages des Indes galantes de Rameau. Ce disque heureux, festif et animé est un beau rayon de soleil dans le froid ambiant.

Christophe Huss

***

Douce France

Une anthologie de la chanson française, de 1900 à 1955

Artistes divers

Disques XXI

Modeste, la p'tite boîte contient pas moins de 250 chansons, le maximum encodable sur dix disques de 79 minutes chacun. S'y trouve numérisé quiconque poussa honnêtement la chansonnette en France, du phonographe balbutiant jusqu'à 1955 précisément. Pourquoi 1955? Parce que les compagnies de disques ayant fait paraître ces chansons à l'origine n'en avaient l'exclusivité que pour 50 ans. N'importe qui peut les ressortir après. D'où circonspection. Bons points là-dessus aux Disques XXI, qui ont procédé à un nettoyage en règle des supports disponibles et à un nouveau matriçage de qualité. J'aurais préféré une approche chronologique à l'approche alphabétique, mais oui, ça facilite les choses quand on cherche un titre. Qui plus est, il y a un livret, sorte d'«a b c de la chanson française» qui permet de s'y retrouver entre Damia, Jacques Hélian et autres Eddie Constantine. Car une telle somme n'est pas forcément un total. Qui sait si, une fois le goût pris, vous ne vous offrirez pas un festin de chanteuses réalistes? C'est la grâce que je vous souhaite.

Sylvain Cormier