Concerts classiques - Une question de fierté

MAHLER, GRANDIOSE. F. Paris: La Chair de l'aube. Mahler: Symphonie n° 9. Orchestre métropolitain du Grand Montréal, dir. Yannick Nézet-Séguin. Église Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, mercredi 28 septembre. Reprise ce soir, 19h30, à l'Église Saint-Jean-Baptiste et, dans le cadre du Festival d'automne Orgue et couleurs, dimanche 2 octobre à 15h à l'église Saint-Nom-de-Jésus.

Quel début de saison! Après une 5e Symphonie de Beethoven renversante par Yuli Turovski à la tête des Musici en transe, la semaine dernière à la Salle Pollack, voilà que l'Orchestre métropolitain du Grand Montréal et Yannick Nézet-Séguin, lors d'un concert qui débutait par les recherches et cataclysmes sonores de François Paris (10 minutes, c'est bien la «DMA», durée maximale admissible), viennent de réussir une 9e Symphonie de Mahler de très haute tenue, sans commune mesure avec la 5e Symphonie à Wilfrid-Pelletier en 2004, intéressante dans l'esprit mais hasardeuse dans l'exécution.

Question de fierté, sans doute, Yannick Nézet-Séguin et son orchestre ont sérieusement hissé le niveau de leur prestation, dans une oeuvre complexe et souvent difficile à mettre en place — des emballements successifs de la fin du 3e mouvement à la circulation fluide des sonorités impalpables de la fin de l'oeuvre.

Mêmes symptômes, mêmes effets que la semaine dernière à Pollack: un chef au four et au moulin, sollicitant les pupitres à tour de rôle et brassant littéralement la musique; un orchestre acceptant de tout lui donner, avec des attaques mordantes, des sonorités charnues et caractérisées. Maints pupitres se sont couvert de gloire mercredi soir: les violons, menés par Denis Lupien avec une ardeur et une justesse qu'on aiderait entendre ailleurs (quand «l'ailleurs» se remettra à jouer); un bassoniste glorieux, de classe mondiale; des cors majestueux; des trombones persifleurs et j'en passe (clarinettes notamment). Dans cet aréopage, le pupitre de violoncelles, aux attaques et accents molasses, qui parcourt l'oeuvre en touriste sans aller au bout des nuances, semble faire partie d'un autre ensemble. Yannick Nézet-Séguin ne fera pas une intégrale Beethoven solide sans donner quelques vitamines à ce pupitre-là: les trois Musici de jeudi dernier ont montré aux mélomanes ce qu'était un grand pupitre de violoncelles. Question de fierté: remontez-vous les bretelles ce soir et dimanche!

Yannick Nézet-Séguin a une excellente vision de la symphonie, jamais morcelée, jamais affadie, avec, avant tout, une justesse des teintes orchestrales dans les interventions des vents et une excellente appréhension de l'architecture. Les phrasés sont soutenus, les points d'ancrage des mouvements et phrases bien clairs, et le Finale, qui ne s'enlise jamais dans la mièvrerie, est admirable dans sa compréhension de l'agogique mahlérienne, qualité éminente qui, justement, faisait défaut à Kent Nagano dans le Finale de sa Troisième à l'OSM.

Pour que le succès se transforme en miracle ce soir et dimanche, il faudrait que les nuances piano des bois, notamment à la fin du 1er mouvement, soient beaucoup plus fouillées, que le sentiment d'emballement rythmique puis l'évanescence de la fin du second volet soient mieux rendus et que les portamenti qui donnent un parfum de décadence au «Rondo-Burleske» soient plus crânement assumés. Pour le reste, continuez-comme ça!

Collaborateur du Devoir