Neil Young est vivant, Dieu merci

La guitare acoustique. L'harmonica. Cette voix haut-perchée, au timbre si caressant. Rebonjour Neil Young. Salut le revenant. Les retrouvailles que célèbre ce disque sont d'autant plus bienvenues qu'on a bien failli le perdre, notre Canadien errant. En début d'année, un anévrisme au cerveau l'a presque emporté. En lieu et place, c'est le père de Young qui est mort, en juin. Mettons que ça affecte son homme autant que son art, surtout quand tout ça arrive alors que l'on s'apprête à enregistrer un nouvel album. Les sessions ont quand même eu lieu, entre les traitements et les funérailles, et les chansons ont surgi au fur et à mesure. D'où la prépondérance d'un propos de circonstance: Falling Off The Face Of The Earth, No Wonder, Far From Home, Here For You, When God Made Me, It's A Dream parlent toutes de la proximité de la mort et du besoin de dire à ses proches qu'on les aime (ou qu'on les a aimés) pendant qu'on est encore là pour le dire.

Album sombre? Au contraire. Prairie Wind est lumineux tellement il en émane de la bonne chaleur, tel un feu de foyer. Young y fait tranquillement mais systématiquement le tour de son monde, parle à ses enfants dans Here For You, chérit ses amitiés d'hier et d'aujourd'hui à travers The Painter, remercie ses parents dans Far From Home pour le ukulele reçu lors d'un Noël lointain, s'épanche tendrement sur les bons moments passés en compagnie de la vielles six-cordes dans This Old Guitar (le plus bel hommage rendu à un instrument de musique depuis La Guitare de Jérémie, de Michel Rivard et Patrick Norman), évoque la contrée de son enfance et de son adolescence dans la chanson-titre, et se souvient même de l'impact qu'eut sur lui Elvis Presley dans He Was The King. L'album s'achève sur un véritable hymne religieux, When God Made Me, solennel et poignant. L'essentiel, et rien que l'essentiel.

La musique est de même nature. Tout ça est donné le plus simplement du monde, avec le minimum d'accords et de variations mélodiques, sur deux modes: manière country-folk, dans le moule le plus typiquement neilyoungien des Harvest et Harvest Moon (et du Déjà vu de Crosby, Stills, Nash & Young pour No Wonder), et manière rhythm'n'blues, avec cuivres soul estampillés Stax et choeurs gospel, rappelant la collaboration de Young avec Booker T. & The MG's dans les années 90. Deux manières d'exprimer la même chose: puisqu'on peut mourir n'importe quand, vivons maintenant. Vérité évidente, si évidente qu'on passe des vies entières à ne pas la regarder en face. Vérité néanmoins bonne à dire, et surtout à chanter.

Collaborateur du Devoir