Vitrine du disque

Rock

Les Porn Flakes

Les Porn Flakes

Novem

Les Porn Flakes, c'est ce groupe de fortiches musiciens qui, chacun de son côté, accompagnent un peu tout le monde dans le métier, et qui ont eu un jour le goût de jouer ensemble. Pour le plaisir. Et rien que pour le plaisir, un lundi soir de temps en temps au Club Soda, de s'offrir une récré. Les shows au Soda étaient chaque fois des happenings, des défoulements et de sacrées permissions pour les invités, de Michèle Richard à Daniel Boucher. Fatalement, de fois en fois, tout ça s'est organisé et les Porn Flakes sont devenus un vrai de vrai groupe. Faisant carrière. D'où les passages aux FrancoFolies et ailleurs. D'où cet album. Pas mauvais en soi. Là, maintenant, je réécoute Kevin Parent chantant Down In Mexico et j'en jouis. Dans le genre pastiche flagrant et avoué de Pink Floyd, c'est très chouette, et ça correspond à l'esprit d'origine des Porn Flakes. Il y a sur le disque comme dans les spectacles un tas d'invités, dont certains ont fourni aux Flakes des textes à mettre en musique. C'est tout le problème. Outre Down In Mexico, pur exercice de style, les chansons originales se prennent pas mal plus au sérieux. Sérieux rock'n'roll, mais sérieux quand même. On n'est plus à la récréation, on est dans la création, et la raison d'être des Porn Flakes est ainsi trahie. Restent quelques versions de chansons fameuses qui réchappent l'affaire: Deux autres bières d'Offenbach chanté par papa et fiston Bougon, Tout écartillé par Stefie Shock, et surtout l'inénarrable Patof blou, par nul autre qu'Éric Lapointe.

Sylvain Cormier

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Pop

CHAOS AND CREATION IN THE BACKYARD

Paul McCartney

Capitol (EMI)

Sinon avec les Beatles, partenaires miraculeusement assortis, McCartney ne fut jamais meilleur qu'avec lui-même pour principal collaborateur. Il bâtit alors ses chansons tel un enfant ses châteaux dans un carré de sable. Imagination sans limite. C'est particulièrement vrai quand il se donne pour unique contrainte la simplicité volontaire. On en a un bel exemple avec cet énième disque où McCartney, avec le réalisateur de Radiohead (Nigel Godrich) à la console, livre avec peu d'instruments mais énormément d'inspiration ce qui compte vraiment pour lui: générosité, amitié, proximité, etc. Les mélodies, comme les sentiments exprimés, sont presque toutes heureuses, à la fois étonnantes d'invention et coulant de source. On retrouve le McCartney de l'album McCartney, de Tug Of War, de Flaming Pie: libre et appliqué.

Certes l'incorrigible Paulie piétine-t-il çà et là ses plate-bandes beatlesques. Oui, Jenny Wren est la petite soeur de Blackbird (et puis alors?). Bien sûr qu'English Tea est un peu trop manifestement déclinée de Honey Pie. Moins pardonnable, le motif mélodique d'Anyway est calqué sur celui de People Get Ready, immortelle des Impressions. A-t-il fait exprès? Cela dit, les réussites abondent: Fine Line, Follow Me, Friends To Go, Too Much Rain, At The Mercy ont toutes cette qualité d'aller là où on ne les attend pas et de nous ravir en chemin. Moi qui avait cru McCartney arrivé au bout de ses avenues, le voilà qui m'emmène à nouveau où il veut.

S. C.

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Monde

Bahiatronica

Monica Freire

Audiogram

Enfin l'album, et quel album! Il y a déjà 12 ans que Monica Freire, d'origine brésilienne, vit et chante ici: en 2000, au Cabaret des refrains de Monique Giroux, elle chantait déjà Les eaux de Mars, l'adaptation du célèbre One-Note Samba de Jobim par Moustaki. Chanson que l'on retrouve en bonne place sur ce premier album, cette fois en duo avec Ariane Moffatt, dans une version étonnante qui juxtapose les percussions authentiquement brésiliennes jouées par les vrais de vrais musiciens de Ceatano Veloso, que la vraie basse et la vraie guitare de Dan Gigon, grand complice de Monica dans ce projet, mais aussi les bidouillages d'electronica programmées par Guy Dubuc et Marc Lessard, collaborateurs des Daniel Bélanger et consorts.

Et tout ça fonctionne parce qu'on n'a pas cherché à fondre les divers éléments, à tout décanter en un substrat indistinct: on a au contraire encouragé les musiciens à jouer leurs bossas le plus bossa possible, et pareillement les programmateurs à programmer en toute liberté. Ce n'est pas traditionnel à moitié et moderne à moitié. C'est complètement traditionnel et complètement moderne, et c'est la tension entre ces deux pôles qui confère au disque son caractère, une originalité que n'avait pas autant, pour donner un point de comparaison, le dernier Bia, mi-figue mi-raisin. Et c'est le doux timbre de Monica Freire qui fait tout naturellement le pont. Fascinante expérience et régal pour l'oreille.

S. C.

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Chanson

Avale ta montre

Polémil Bazar

Tacca

Polémil Bazar, «groupe festif»: c'est ce qu'on dit du sextuor de Québec depuis qu'il s'ébroue dans le bazar, c'est-à-dire depuis 1999. Étiquette un brin réductrice, mais qui s'explique. Ça tient aux musiques, cuivres pétants de santé, percussions qui tapent sec. Musiques qui égaient naturellement l'âme et ne laissent pas les pieds en place: sur ce troisième disque, où la bande à Polémil a en effet le swing frénétique (dans La Chanson du vaurien, entre autres), le charleston grouillant dans Gaétan, le surf sur la crête de la vague dans Mode d'emploi, et le klezmer irrésistiblement dansant dans L'Usure.

Intéressant, le klezmer: joyeux comme triste, on danse. C'est plus que jamais ça, Polémil Bazar: un groupe qui vous brasse le Québécois, mais qui dit en même temps la vérité, et la dit sans trop appuyer dessus. Les textes de Hugo Fleury, qui est aussi le chanteur attitré, sont aussi habilement tournés que perméables au monde: une chanson aussi désabusée que L'Usure côtoie sans étrangeté une chanson aussi résolument optimiste qu'On efface tout. L'espoir existe parce que le désespoir est permis.

Cet album absolument réussi est ainsi le reflet d'une perception de la vie: dure, très dure, mais bonne à prendre. Du moment qu'on s'y démène un peu. Polémil Bazar, c'est le contraire de l'inertie. Et le contraire de l'ennui. La fête, comprend-on,

ça se mérite.

S. C.

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Rock

Achigan

Sunny Duval

Proxenett

«J'me fous du Bangladesh / Moi j'aime la barmaid». Des paroles comme ça, en d'autres temps et d'autres moeurs, on en aurait assez. Quand c'est Sunny Duval qui les débite, ça devient une position existentielle. Duval, qui oeuvre comme guitariste dans les Breastfeeders, nous fait avaler ses textes bien directs sur des musiques absolument rock garage comme on les aime. En fait, on les aime tellement comme ça, les riffs de guitare bien garrochés, que Duval nous amène à des places qu'on semble avoir déjà visitées, mais qu'on ne reconnaît plus tout à fait grâce à son inspiration. S'il se rapproche parfois des White Stripes, ce contre quoi on n'a rien, Duval sort aussi des morceaux tout ce qu'il y a de plus déjantés et amusants, comme La nuit s'a corde à linge. Album bien torché, lo-fi à souhait, enregistré tout seul «dans un local bleu gris sale», Achigan nous donne le goût de suivre Duval «s'a corde à linge». En concert, demain soir, au Quai des Brumes dans le cadre de Pop Montréal.

Bernard Lamarche

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Rock

En public

Noir Désir

Barclay

Avec le drame que l'on sait, impossible de ne pas sentir un frisson courir le long de la colonne vertébrale lorsque, sur ce double album «en public» de Noir Désir, la voix de Bertrand Cantat s'élève pour entonner la solennelle Si rien ne bouge. Certains diront qu'il faut du culot pour sortir ce disque, d'autres de l'insouciance, mais les membres de Noir Désir, aujourd'hui privés de Cantat, ont décidé, avec l'aval du chanteur déchu, de sortir les morceaux enregistrés lors du dernier concert de la tournée qui a suivi la sortie du déterminant Des visages des figures. Ce double CD expose un groupe majeur au sommet de son art, qui avait entamé une évolution sonore vers des atmosphères nourries par l'électronique et l'acoustique, se détournant des guitares rageuses sans renoncer à la charge qui a toujours caractérisé la signature du groupe. Au point où on se dit que les frissons viennent dans le fond peut-être de là. Ce coffret et son livret existent pour que 25 années de création ne soient pas soufflées par un drame, si grave soit-il.

B. L.

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Classique

MENDELSSOHN: Octuor op. 20; Sextuor op. 110.

Quatuors Prazák et Kocian,

Jaromir Klepac; Jirí Hudec

Praga

Le disque le plus réjouissant, le plus enivrant de ce début de saison musicale! Il y a pléthore de «bonnes» versions du célèbre Octuor de Mendelssohn. La plus audacieuse avait été enregistrée en Tchécoslovaquie jadis, il y a 40 ans. Nous voilà en 2005, en République tchèque avec, à nouveau, les deux meilleurs quatuors du pays. Et la mayonnaise prend, comme autrefois. Ce qu'on célèbre ici, c'est l'élan, la vigueur et surtout, la musicalité frémissante, là où tant de versions se réduisent finalement à un savant exercice de mise en place instrumentale. Cet enregistrement respire la vie tant et si bien que les musiciens semblent sourire en jouant. Autre lumineuse idée: le couplage de l'Octuor avec le Sextuor op. 110. La partition, moins connue, est un joyau et le pianiste Jaromir Klepac entraîne ses partenaires avec un élan communicatif et, toujours, une grande justesse dans la pulsation et la respiration. Ce disque est l'un des grands CD de musique de chambre de l'année.

Christophe Huss

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Classique

CONCERTI VIRTUOSI: Concertos baroques de Vivaldi, Leo, Bach, Locatelli, Fasch, Handel

Tafelmusik

Analekta

Le plus critiquable ici, c'est sans doute le titre! Que l'on qualifie de virtuoses les Concertos pour violon de Locatelli ou, à la flûte, La Tempesta di Mare de Vivaldi, soit. Mais là, les oeuvres retenues ne se distinguent en rien par une virtuosité débridée et se nourrissent davantage d'expertise dans la composition que de débordements divers.

Il y a certes une autre virtuosité: celle que l'on ne remarque pas; celle que nécessite forcément une telle cohésion orchestrale, un tel contrôle des couleurs et de la justesse. Le chemin accompli par Tafelmusik depuis 25 ans est, à ce titre, très remarquable et en fait l'un des rares orchestres baroques éminents du Nouveau Monde.

Pour ce qui est de ce programme, précisément, ce qui le distingue, c'est l'élégance. La fusion des timbres des deux hautbois dans le Concerto RV 536 de Vivaldi qui ouvre le programme est très symbolique. Le hautbois est le protagoniste soliste principal de ce CD. Tact, classe et bonhomie raisonnée.

C. H.