Orchestres symphoniques: Montréal, Londres, même combat?

Alors que se poursuit la grève à l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM), une étude révèle que ses musiciens sont mieux payés que ceux du Royaume-Uni. Les membres des formations symphoniques gagnent moins de 60 000 $, tous revenus confondus, alors que les musiciens montréalais reçoivent 1000 $ de plus en moyenne de leur orchestre, sans compter les extras (enseignements, etc.).

La question salariale se retrouve au centre du conflit de travail. La grève dure depuis des mois. De nouvelles annulations sont annoncées, cette fois pour les concerts des 4 et 5 octobre. Le troisième concerto de Prokofiev figurait au programme. La décision a été rendue publique hier, deux semaines avant l'événement, afin de respecter les préavis figurant aux contrats d'engagement de certains artistes invités. Le délai permet aussi d'éviter trop d'inconvénients aux détenteurs de billets.

Par contre, l'annulation n'empêche pas la poursuite des négociations entre les deux parties. Le médiateur gouvernemental les a rencontrées la semaine dernière et d'autres réunions de travail figurent à l'horaire cette semaine. La direction comme le syndicat respectent la consigne du bâillon médiatique.

La question salariale se retrouve au coeur de la grève déclenchée au printemps. Le syndicat veut que les musiciens de l'OSM deviennent les mieux payés du pays. Actuellement, ils touchent un salaire annuel de base de 61 000 $, soit 8000 $ de moins que leurs collègues de l'Orchestre du Centre national des arts d'Ottawa. La direction réplique que l'OSM doit composer avec un déficit accumulé de 3,4 millions de dollars, et que la proportion de la masse salariale des musiciens représente plus de 45 % du budget, soit environ 8 % de plus que la moyenne en Amérique du Nord.

Les comparaisons deviennent aussi possibles avec le Royaume-Uni. Une enquête rendue publique la semaine dernière révèle que le salaire annuel moyen d'un musicien membre d'un orchestre symphonique britannique ne dépasse pas 60 000 $ (28 600 livres). Plus de 85 % de ce montant provient du contrat de travail avec l'orchestre, le reste étant généré par des contrats extérieurs. Au moment de l'enquête (2004), le salaire moyen dans le Royaume était de 46 000 $.

L'étude portait sur les membres de 17 orchestres, dont sept symphoniques (Bournemouth, CBSO, Hallé, Northern Sinfonia, RLPO, RSNO et l'orchestre d'Irlande du Nord), six formations pour l'opéra (dont le Royal Opera) et quatre pour le ballet. Les réponses provenaient pour le tiers de «gradés» au sein des orchestres (premier violon, deuxième violon, etc.).

Une des questions les plus originales se renseignait sur les revenus comparés des frères et soeurs des musiciens. Dans neuf cas sur dix, les artistes gagnaient moins que les autres membres de leur famille d'un âge assez comparable (plus ou moins cinq ans). Les confrères britanniques de l'OSM ont aussi révélé qu'ils appréciaient particulièrement... le fait de pouvoir jouer de la musique, de donner des concerts et la camaraderie de leur métier. Par contre, ils ont déploré les heures de travail «anti-sociales», les tournées, les voyages, le peu d'estime rattaché à leur profession, et surtout la relative faiblesse de leur cachet, puisque les plombiers de Sa Majesté gagnent mieux leur vie.