Concerts classiques - Musici grand cru

À Lanaudière, le 5 août, la Deutsche Kammerphilharmonie et Paavo Järvi ont prouvé, dans l’Héroïque, qu’on pouvait jouer Beethoven avec plus d’impact et de nerf à quarante qu’à cent musiciens, expérience rééditée dans la 5e à Bonn (Allemagne) récemment.

Que l’interprétation des trente-huit Musici cravachés par Yuli Turovsky n’ait pas pâli face aux sommets atteints par Järvi est un miracle en soi. Utilisant une disposition orchestrale différente (les violons I et II ne se font pas face), Turovsky impose une 5e Symphonie hargneuse et très logique (pas de ralentissement dans les fanfares du 2e volet), une vision incarnée par un orchestre à l’engagement viscéral. Tout n’est certes pas parfait (imbrication des phrases dans l’Andante) et les bois, habitués à forcer pour passer un grand orchestre, jouent un peu fort pour un ensemble réduit, mais l’ensemble a un vrai impact, une vraie force. Turovsky, comme Järvi, lutte avec le Finale, moment le plus délicat, car il faut y préserver le flux et la puissance, alors que la fatigue commence à se faire sentir.
Après un Concerto pour quatuor et orchestre sans prétentions mais oecuménique et bien troussé de José Evangelista, Sergeï Salov en verve et les Musici ont révélé au public un irrésistible concerto de German Galynine (1922-1966), très marqué par Chostakovitch, comme en témoigne l’appariement piano-trompette dans certains passages du Finale. Si Galynine, en 1946, copie le 1er Concerto de son maître, il anticipe également le Finale du 2e Concerto (1957), par exemple dans le développement du premier mouvement. On note deux étranges parfums français: le début, qui fait furtivement penser à Poulenc et, dans le mouvement lent, une rupture de ton qui fleure bon Erik Satie. Ce cocktail nous a valu une soirée très réussie, grâce, aussi et surtout, à des musiciens soudés, visiblement heureux d’être là.

Collaborateur du Devoir