Loco Locass goes classique

Vendredi, nos fiers Loco Locass vont rejoindre une liste illustre d'artistes. Richard Desjardins et Metallica l'ont fait, Loco Locass travaille là-dessus cette semaine et se greffe à une suite dans laquelle figure... Styx. Au Camp musical de Saint-Alexandre, vendredi, comme Metallica jadis, Loco Locass goes classic.

Sauf erreur, il s'agit d'une première dans le monde du hip-hop. Elle ne saurait arriver à un meilleur moment, vu l'engouement que le groupe suscite actuellement.

Quarante écoliers du camp, tous âgés entre 12 et 17 ans, pourront dire cet automne qu'ils ont joué avec Loco Locass lors de leur retour à l'école. Ils seront accompagnés par une trentaine de professionnels, avec en prime les sept musiciens du groupe, exemptés d'échantillonnages pour l'occasion. Loco Locass livrera devant public cinq pièces de son répertoire.

L'initiative vient d'un jeune, Tao de son nom de camp de vacances, nous dit Mathieu Rivest, le directeur du camp et chef d'orchestre. «C'est un ami personnel de certains membres des Loco. Il savait que, pour les Loco Locass, c'était un rêve de participer à un projet symphonique. Ç'a commencé comme une blague, puis on les a rencontrés il y a plus d'un an et demi, avant de travailler sur les arrangements», explique le chef d'orchestre. Au projet se sont ensuite greffés Télé-Québec et le collectif Vidéo-Femmes, qui produiront un documentaire sur l'événement, diffusé en 2006.

Biz, de Loco Locass, trépigne à l'idée de livrer ce concert, «un fantasme devenu réalité», dit-il. Joint dans le Bas-Saint-Laurent, il concède que le «délire est pour Chafiik, puisqu'il fait toutes les musiques. Souvent, dans Loco Locass, on n'en a que pour les textes. Mais là, l'attention d'une cinquantaine de personnes à temps plein depuis plus d'un mois est focalisée sur la musique. Ça rend justice à la musique de Chaff.»

En temps normal, sauf exception, la musique hip-hop est assez simple. «Là, ça met en évidence la complexité de certaines pièces de Loco Locass, celles qui se symphonisent». Loin des résultats sirupeux de Styx, pour les Locass, qui entendent faire les bouffons comme à l'habitude, ce sera «symphonique ta mère».

Arrangements

De son côté, Mathieu Rivest, qui a travaillé aux arrangements, ne se fait pas prier pour expliquer ce qui le motive comme musicien classique à participer à ce projet. Le chef d'orchestre soutient que «dans la musique de Loco Locass existe une pensée symphonique». Sa déclinaison des références musicales classiques dans la musique du groupe tient de la démonstration.

La seule pièce L'Empire du pire en pire, sur Amour oral, le dernier disque de Loco Locass, lui permet d'être convaincant à ce sujet. «Les premières notes entendues sont un extrait de la Damnation de Faust, de Berlioz, que Chafiik a repris et remodulé, mais c'est l'intégrale des cinq premières mesures de La Marche hongroise.» La suite reprend intégralement des mesures de la Symphonie fantastique de Berlioz. Ensuite vient Pétrouchka de Stravinski, puis des extraits du Concerto de piano de Prokofiev

n° 3, «modulé et transformé, six mesures au total», commente le maestro. D'ailleurs, pour rendre le contexte dans lequel Chafiik a puisé, le Concerto de piano n° 3 op. 26 en do majeur de Prokofiev sera livré en entier par l'orchestre. Aussi au programme, la finale de L'Oiseau de feu de Stravinski, dont les notes aussi sont entendues dans L'Empire du pire en pire.

Une surprise

Si peu connaissaient la part classique de Loco Locass, ils n'auront d'autre choix désormais que de reconnaître cet état de fait, cette rencontre entre deux cultures. Chafiik est connu pour sa culture musicale étendue, jamais comme un amoureux de Prokofiev, comme le présente Mathieu Rivest. «Ça reste de la musique populaire, mais, derrière, il y a une attention particulière à leur arrangement qui est plus musicale que chez d'autres musiciens populaires», estime-t-il.

Le concert de vendredi mettra en relief cette facette encore en sourdine de la musique de Loco Locass. Par ailleurs, le trio a préparé des beats hip-hop pour accompagner Pierre et le loup. Il ne faut pas le dire, c'est une surprise. Le concert est présenté au Centre culturel de Rivière-du-Loup, à 19h30. Il est gratuit mais une contribution volontaire est appréciée, d'autant plus que les musiciens ont accepté de jouer bénévolement pour en faire bénéficier le camp musical.