OSM: Bouchard évoque une «impasse totale»

Lucien Bouchard, photographié lors d’une conférence de presse en mai. Selon le président du conseil d’administration de l’Orchestre symphonique de Montréal, les demandes pécuniaires du syndicat mettraient en péril l’existence de l’OSM, si
Photo: Jacques Grenier Lucien Bouchard, photographié lors d’une conférence de presse en mai. Selon le président du conseil d’administration de l’Orchestre symphonique de Montréal, les demandes pécuniaires du syndicat mettraient en péril l’existence de l’OSM, si

Rien ne bouge dans le dossier de la grève des musiciens de l'OSM. À titre de président du conseil d'administration de l'OSM, Lucien Bouchard a cependant envoyé une lettre hier aux médias, reproduite aujourd'hui dans nos pages, pour faire le point sur la situation qui prévaut actuellement dans le conflit qui oppose la direction de l'orchestre à ses musiciens. Selon M. Bouchard, les demandes pécuniaires du syndicat placent l'OSM devant «une situation d'impasse totale» et, si elles devaient être acceptées, elles mettraient «en péril son existence même».

Dans sa lettre, M. Bouchard confirme que la décision du médiateur, le 28 juillet, de suspendre les négociations était justifiée par «l'écart important qui sépare les parties». Il se déclare «déçu» de voir le syndicat ne pas reconnaître «l'importance de créer des conditions propices à la reprise des tournées et des enregistrements» et tout aussi désappointé du manque de flexibilité des musiciens à propos de leur horaire de travail à la maison, des changements demandés pour «assurer la qualité artistique de l'OSM», écrit-il.

Le gouffre annoncé par Bouchard est chiffré. Selon lui, les demandes du syndicat entraîneraient d'ici à 2008 une augmentation de 85 % de la masse salariale de l'orchestre, dont 48 % pour les seuls cachets de base. L'OSM offre une augmentation de 8 % sur cinq ans, avec des montants forfaitaires pour les années 2003-2004 et 2004-2005. Depuis 1991, les musiciens de l'OSM font face à des gels de salaires répétitifs. Or, selon le journal Les Affaires, en 2000-2001, le salaire annuel de la directrice de l'OSM, Madeleine Careau a connu une augmentation de 51 %.

Les représentants syndicaux de l'OSM ne voient pas du même oeil les informations soumises par Bouchard. D'une part, selon eux, le contrat proposé n'est pas de cinq ans, mais bien de sept années, puisque la convention collective est échue depuis le 31 août 2003. De plus, Jean-Marc Leclerc, le directeur du comité de négociations des musiciens, a révélé au Devoir la nature des montants forfaitaires en question. Pour 2003-2004, écrit-il, l'OSM a offert à ses musiciens la menue somme de 550 $ de plus, alors que pour 2004-2005, ce montant s'élèverait à 600 $.

Joint hier au téléphone, Paul Béliveau, le président du syndicat de l'OSM, rappelait que la proposition débutait par une réduction de 3,2 %, puisque l'augmentation initiale de 1,2 % est assortie d'une réduction de deux semaines du calendrier. De plus, il reprend les chiffres publiés dans une lettre d'un ancien musicien de l'OSM publiée dans The Gazette dimanche, selon laquelle l'OSM ne génère que 28 % de ses revenus contre 48 % pour l'orchestre de Toronto. Conscient de la richesse du marché torontois, il replace ces chiffres dans leur contexte, soutenant que 50 % des disques classiques vendus au Canada sont achetés au Québec, preuve qu'un marché important existe. Il qualifie cette situation de «manque d'agressivité» remarquable de la part de l'administration actuelle à générer ses propres revenus.

M. Leclerc poursuit en disant que les musiciens avaient avancé une contre-proposition et que c'est l'OSM qui a mis fin au processus de médiation. «Lorsqu'on leur a présenté cette offre, on leur avait dit que, s'ils démontraient de la volonté, plusieurs portes pourraient s'ouvrir, et rapidement. Malgré ce discours, ils se sont tout simplement retirés de la table.»

Alors que M. Bouchard écrit que le marché de Montréal ne peut se comparer à ceux de New York ou de Toronto, c'est plutôt en fonction de l'Orchestre du centre national des arts à Ottawa que M. Leclerc établit ses bases comparatives: le salaire de base de l'orchestre du CNA est de 69 000 $, alors que le premier échelon salarial à l'OSM est de 61 000 $ (une somme qui ne comprend ni l'achat ni l'entretien des instruments). De son côté, Jean-Marc Leclerc ignore d'où vient le chiffre de 75 000 $ de salaire moyen des musiciens avancé par Bouchard dans sa lettre. «Il y a des contrats négociés à l'OSM et on n'a pas accès à l'information des salaires. On a un sérieux doute quant à la moyenne avancée par l'OSM.»

Par ailleurs, les négociations ont avancé, mais sous d'autres rubriques que celles des salaires. Selon M. Leclerc, depuis deux ans que durent les négociations, l'OSM a demandé 86 modifications à l'entente collective. «Nous en avons réglé 40, qui sont paraphées. Il en restait un trentaine qu'on avait proposées dans une offre globale. Ils ont dit vouloir les accepter à condition que la quinzaine qui restaient soient prises intégralement. On a alors retiré notre proposition, même si on était prêts à y apporter des ajustements. On a décidé à ce moment de passer du normatif au financier. Ils nous ont faussement accusés d'avoir provoqué un recul, alors que c'est eux qui ont refusé notre proposition du 21 juin.»

Alors que M. Bouchard écrit que «l'OSM est contraint de proposer à ses musiciens des hausses de salaire à la mesure de sa propre capacité de payer», selon M. Leclerc, la direction de l'orchestre veut «reculer les normes par rapport aux orchestres comparables en Amérique du Nord. Ils nous prennent pour du cheap labor québécois». L'OSM soutient «n'avoir ménagé aucun effort» pour régler le conflit, ce avec quoi les musiciens sont en désaccord. La dispute semble donc devoir durer encore longtemps.
2 commentaires
  • Denis Lessard - Inscrit 16 août 2005 11 h 50

    Je veux de la musique

    Encore une fois, nous nous retrouvons devant un problème qui paraît sans solution valable aux deux parties. Chacun prétend que l'autre ne dit pas toute la vérité... ou interprète les faits de la manière qui l'arrange le mieux. Loin de connaître les tenants et aboutissants de cette impasse, je m'interroge sur les moyens qui restent pour en sortir. D'une part, je ne puis qu'appuyer des artistes (les musiciens) qui ont comme première préoccupation la qualité de leurs prestations. D'autre part, je me demande comment les demandes de ces mêmes artistes peuvent mettre en danger leur propre gagne-pain, selon les affirmations de M. Bouchard. Trop d'éléments m'échappent pour me permettre de prendre une position honnêtement tranchée. Je déplore surtout le silence de nos "bons" gouvernements. Bref, je ne souhaite qu'une chose: entendre encore cette musique qui a fait de l'OSM ce qu'il est, soit un des meilleurs sur la scène internationale.

  • Michel Bonin - Inscrit 18 août 2005 00 h 41

    D'OSM à VSO, du Canadien aux Canucks.

    Je suis un mélomane, ancien Montréalais, élevé au son distinctif de l'OSM, sous les bâtons de Franz-Paul Decker puis de Maestro Dutoit. Amateur satisfait depuis 1991 à Vancouver, l'équipe du VSO, avec son jeu offensif, prôné par Akiyama, Commissara puis Maestro Tobey depuis 2001, n'a rien à envier à mes premières amours. Comme la sainte flanelle et les manieurs de bâtons au hockey, Montréal et son aussi célèbre orchestre symphonique apprennent à vivre selon les moyens du bord au Canada. Pas besoin de la coupe Stanley, d'un nouveau Maurice Richard, ni peut-être d'un Ken Nagano pour profiter d'un concert ou d'un bon match de hockey. Le plafond salarial, c'est aussi bon pour nos orchestres canadiens que pour nos équipes de hockey! Ainsi doit se présenter toute piste de règlement au conflit actuel.