No One Is Innocent: le retour

Après sept années de silence sous le nom de No One Is Innocent, le chanteur Kemar a décidé de remettre la formation sur ses rails. Nouveaux collaborateurs, nouveau son mais même approche frondeuse, No One Is Innocent est de retour. Le groupe autrefois associé à la scène rap métal française est au Spectrum ce soir aux Francos.

Croisé au lendemain de son arrivée à Montréal à l'hôtel où il séjourne, le chanteur et parolier Kemar se montre dans une belle forme, malgré le décalage. Kemar a signé un troisième album en carrière sous le nom de No One Is Innocent, Révolution.com, dont la facture est loin de l'époque où le chanteur s'époumonait en gueulant le mémorable morceau La Peau. Le commentaire social est toujours à l'avant-plan, dénonçant la tournée mondiale des GI's et le «manque de sueur» des révolutions virtuelles et des prises de position sans action. Mais l'homme ne hurle plus.

La parole pique toujours chez No One, mais la forme a changé. Si bien que plusieurs ont vu comme une désertion le passage à un rock ferme mais nettement moins violent. Kemar n'a que faire de tels commentaires, qui visiblement ont été portés à son oreille plus d'une fois: «C'est quoi, un grand groupe? C'est un groupe qui change chaque fois. Tous les grands groupes que j'ai adorés ou que je continue à aimer sont des groupes qui, d'album en album, ont toujours surpris. Le pire des trucs qui puisse m'arriver c'est d'avoir le même ton sur tous les albums.» En conséquence, «y'en a qui ronchonnent, et puis y'en a d'autres qui te découvrent et qui t'adorent».

Nouvelles musiques

En sept années, Kemar a beaucoup tourné et a signé en solo l'album Prénom Betty (2002), qu'il qualifie de «confidentiel». Ce disque a-t-il eu une incidence sur le changement de ton de Révolution.com? Kemar referme cette porte aussitôt ouverte: «Pas du tout. C'est la musique qui dicte. Faire un album solo, c'est faire quelque chose de différent. En solo, rester dans la veine de No One n'avait aucun intérêt. Il y a d'autres choses qui me branchent.»

Les nouvelles musiques ont été pondues avec le bassiste Kmille, qui vient du groupe électro UHT. Selon Kemar, elles ne pouvaient figurer sous un autre nom que celui de No One. Pour lui, la rencontre avec Kmille a été la meilleure rencontre musicale de sa vie. «On a bossé pendant huit mois dans son salon. Au bout de quatre ou cinq titres, un truc bizarre s'est produit avec ce qui sortait de nos compos. J'avais l'impression de connaître ce groupe. Sans forcer, c'est devenu le troisième album de No One.» Et cet album s'est révélé très accrocheur, nerveux.

Dans ce disque, la critique a vu des ambitions de remplacer un groupe mis au ban sur la scène française, Noir Désir, aujourd'hui privé de Bertrand Cantat. La résonance entre les deux sons est criante sur US Festival et sur Où veux-tu que je t'aime?. À vrai dire, si la filiation tient la route, elle passe par la dette que Noir Désir avait envers The Gun Club, qui aussi semble faire écho sur les deux pièces de No One. Cet arbre généalogique, Kemar ne le repousse pas mais n'en semble pas fou non plus. «Il y a un grand groupe français qui s'éteint. Cela veut dire que tous ceux qui sont là depuis un moment et tous ceux qui arrivent, il suffit qu'ils débarquent avec des textes pas trop cons, qui montrent de l'intérêt pour ce qui arrive autour d'eux dans le monde et avec un rock pas trop naze, on leur dit que c'est Noir Désir. C'est un peu facile.»

Le chanteur prend tout de même le commentaire comme un compliment. «C'est une fleur. Noir Dès', j'ai pas toujours été super fan de tout, mais c'est vrai que c'est un groupe majeur. J'ai toujours été amateur de leur côté blues, où ça sent la rage mais à l'intérieur. Mais je retiens de ce groupe qu'il a utilisé sa notoriété pour faire des choses, fédérer des gens, organiser des festivals pour parler de tel problème ou de tel autre. En l'occurrence, je suis plutôt un enfant des Bérus, de la Mano, de Trust, de Noir Dès'. Ça ne se résume pas à un seul groupe.»

Cet amalgame prendra forme sur scène ce soir, au Spectrum. Et Kemar promet que le prochain No One Is Innocent ne prendra pas encore sept ans avant de faire rouler cette «grosse boule d'énergie».