Festival d’été de Québec - Désert Rebelle ou l’envers de Live 8

Québec — On a pu remarquer, ces derniers temps, à quel point l’engagement était «tendance» dans le monde artistique. Or, contrairement à certains contestataires d’un soir, Désert Rebelle a entrepris de créer un premier concert équitable où des membres de Tryo, IAM, Mano Solo et de la Gnawa Diffusion s’associent à des musiciens touaregs du Niger.

"L’idée, c’est de ne pas faire de profits sur le dos d’une autre culture, mais plutôt de faire untruc dont tout le monde va pouvoir profiter, explique Daniel Jamait, artiste solo et guitariste pour Mano Solo qui s’est joint au projet ce printemps. Donc si ça génère des bénéfices — ce qu’on espère évidemment — au lieu d’aller dans la poche des artistes, ils iront avant tout dans le commerce équitable, dans des projets d’aménagement par le biais d’associations.»
Le projet Désert Rebelle a été initié par Farid Merabet, l’imprésario des Bérurier Noir, et François Bergeron, le réalisateur de leur DVD. Guizmo, de Tryo, les a rencontrés à Québec lors du Festival d’été 2004. «Ils voulaient créer le premier projet culturel équitable et ont branché plusieurs artistes, dont je fais partie, pour partir au Niger rencontrer le chanteur Abdallah Ag Oumbadougou et faire une création collective, un film, en essayant de mettre en évidence les rapports inéquitables Nord-Sud dans le domaine de la culture. On est donc tous partis à l’aventure.»
Abdallah Ag Oumbadougou est une figure emblématique de la musique contestataire nigérienne. «Il est le représentant par excellence de la guitare là-bas, précise Guizmo. Avant lui, elle n’était pas présente dans la musique de ce pays.» Il est vu aussi comme un symbole des luttes politiques menées par les Touaregs en Afrique du Nord.
Les écoles de musique d’Abdallah pourraient bénéficier de l’aide des membres de Désert Rebelle, ajoute Daniel Jamait: «Moi, j’ai l’intention de me rendre au Niger, à mes propres frais, pour participer à l’école de musique qu’a créée Abdallah, parce que j’ai aussi tissé des liens avec d’autres jeunes musiciens que j’ai rencontrés là-bas.»
Outre Guizmo et Daniel Jamait, le chanteur de la Gnawa Diffusion, Kateb Amazigh, était du voyage en mars. Puis tout ce beau monde ainsi que les musiciens du Niger se sont retrouvés en mai dans le studio de Guizmo, en Bretagne. D’autres artistes se sont alors joints au groupe, dont Imhotep, de IAM. Au dire de Guizmo, si tout va bien, le film devrait être lancé à la télévision en octobre: «On voudrait que cela lance un gros débat sur l’idée de culture équitable.» En attendant, le groupe prévoit faire de la musique et élargir ses contacts: «Ce qu’on veut faire au Québec, c’est lancer le projet et, éventuellement, s’associer avec des gens de votre continent. Je sais par exemple que les Cowboys Fringants ont des projets du côté du commerce équitable.»

Plus loin que Peter Gabriel
Le concert présenté au Festival d’été est le premier concert du groupe à l’extérieur de l’Afrique. Difficile toutefois de savoir ce que cela donnera sur scène. Lors de nos discussions en juin, les musiciens en étaient apparemment aux premières heures de pratique. «On jouera des compositions qu’on a faites collectivement là-bas, donc des chansons à moi qu’on a tous retravaillées ensemble, des chansons d’Amazigh et une bonne partie des chansons d’Abdallah. Tout ça pour présenter un peu ce que peut être une rencontre culturelle d’artistes de milieux et de cultures différents.»
Lorsqu’on lui fait remarquer que d’autres, tel Peter Gabriel, ont déjà fait beaucoup en matière d’échanges culturels avec l’Afrique, Guizmo insiste sur la dimension économique du projet: «Je pense qu’en matière d’échanges, Peter Gabriel a fait de grandes choses et qu’il a toujours été honnête avec les gens avec lesquels il travaillait. Mais là, il s’agit d’aller au-delà de ça. N’importe quel groupe pourrait maintenant prendre une partie des bénéfices de son album pour les donner à un projet musical dans un pays en voie de développement.» Apparemment, les ambitions de Désert Rebelle ne s’embarrassent d’aucune frontière. «Peter Gabriel a montré que c’était possible de se rencontrer sur la planète et de faire de la musique ensemble. Là, le but, c’est aussi de ramener de l’argent dans les pays du Sud. Il y a des milliards de dollars générés par la culture sur cette planète et tout est au Nord. Si on fait du café équitable, pourquoi ne pas élargir le principe à la littérature, à la bande dessinée, au théâtre, à toutes les disciplines artistiques?»

À voir aussi
Les gens de Désert Rebelle ont peut-être lancé le concept de culture équitable, mais ils ne sont pas les premiers à s’intéresser au développement d’écoles de musique dans les pays du Sud. Le regroupement de Québec, Jeunes musiciens du monde, dont nous avons déjà parlé cet hiver dans Le Devoir, a ouvert sa propre école en Inde. Tous les après-midi de cette semaine, le groupe anime à Place d’Youville des spectacles participatifs mettant en valeur les cultures musicales d’ailleurs. Ce soir, à 21h30 au même endroit, on pourra entendre le duo Mouss et Hakim formé des anciens de Zebda. Jamait, du projet Désert Rebelle, sera quant à lui à l’Impérial pour présenter son projet solo. Du côté des grandes scènes, le choix est facile. Pendant que Richard Desjardins nous offrira son Kanasuta au Pigeonnier, la famille de Céline Dion sera sur les Plaines pour nous faire revisiter le répertoire de la chanson québécoise.

Collaboratrice du Devoir