FIJM - Rémi Bolduc, le p'tit gars vu par le grand

Ce n'est pas nous qui le disons, c'est la mère d'un collègue. «Dans chaque gars, y'a un p'tit gars», disait-elle. La formule vaut certainement pour la plupart des hommes, mais elle colle tout spécialement à la vie récente du saxophoniste Rémi Bolduc, qui lançait plus tôt cette année l'album Cote d'écoute. Sur ce disque dont la matière servira à un concert programmé demain à 18h au FIJM, Bolduc reprend les indicatifs musicaux d'émissions de télé qui datent: Bobino, Fanfreluche, Sol et Gobelet et La Ribouldingue, par exemple.

«C'est le p'tit gars pour la première que j'ai faite, Bobino», complète Bolduc en entrevue. Pour jouer, le musicien, aujourd'hui professeur à Concordia, qui a pondu un album de haut niveau avec le pianiste Kenny Werner en 2003 (sur Justin Time), s'est remis dans la peau de l'enfant de cinq ans qu'il a été. «J'écoutais Bobino en revenant de la garderie. Je l'ai fait de mémoire, pour me remettre dans l'esprit que j'avais à ce moment, dans la magie que l'émission me procurait à l'époque. Aujourd'hui, quand je la réécoute, elle n'a pas la même magie mais, dans ce temps, Bobinette n'était pas une marionnette, elle était comme une petite soeur.»

Dans l'oreille de l'adulte, le morceau prend des allures plus modernes, mais la pièce, composée à l'époque par Herbert Ruff (qui a aussi signé la musique de Fanfreluche et de Grujot et Délicat), retrouve ses élans de jeunesse: le piano s'y fait espiègle. Pour Fanfreluche, le romantisme prend le dessus; dans Sol et Gobelet, on déboule l'escalier avec les deux clowns. Issu d'un monde plus adulte, Moi et l'autre devient funky.

Dans cette palette d'atmosphères distinctes, l'étonnement vient de la facture sombre et dramatique avec laquelle Bolduc et ses musiciens — Sheila Hannigan au violoncelle et John Roney au piano — ont traité La Souris verte. «J'écoutais de la musique classique à ce moment», explique Bolduc. On aurait pu penser à un nom comme Dominic Lebeau, le batteur des Cowboys fringants, qui s'est plongé dans le répertoire de Passe-Partout le temps de quelques concerts ces dernières années. Mais Bolduc soumet à notre attention des musiciens d'un tout autre acabit. «Ça c'est fait en étudiant la musique de musiciens comme Chopin et Liszt. En lisant sur leurs vies, je me suis rendu compte que des musiques venaient de leur enfance et avaient marqué leur musique.»

Bolduc se souvient que la première musique entendue est celle de Bobino. «Je me suis rendu compte que j'avais plus de racines classiques que je le pensais. Herbert Ruff était plus classique, moins jazz.» Ces thèmes viennent tous de Radio-Canada. «Le 10 est venu plus tard; la télé couleur est arrivée et on s'est mis à écouter Patof. Mais ça ne me tentait pas vraiment de faire Patof blues», dit-il en rigolant.

Pour le concert du Gesù, Bolduc prépare «une surprise». Bobinette sera-t-elle là? Impossible de le savoir. Des surprises, Bolduc est capable d'en servir, tant de ses musiques attendent d'être mises au jour. «Je pourrais sortir un album par année, soutient-il. J'ai un quatuor de sax, un trio, un quintet. Tout est déjà composé. Je dois décider ce que je pousse. J'écris un peu pour du big band. Je suis discipliné. J'ai un horaire de travail fixe.» Mais ça, c'est pour le grand gars.