«Les Cowboys Fringants et leurs copains» à l'île Notre-Dame - Une ferveur sans prix

Historique, rien de moins. Impossible de ne pas qualifier d'événementielle, d'historiquement signifiante cette fête parallèle de la Fête nationale à laquelle nous conviaient hier soir au virage en épingle du circuit Gilles-Villeneuve les Cowboys Fringants «et leurs copains» Loco Locass, Dumas, Zapartistes, Mononc'Serge, Stephen Faulkner et autres Henri Band. Question de ferveur. De ferveur véritablement politique, pure exaltation de se trouver parmi quelque 25 000 jeunes gens — des 15-30 ans, majoritairement — qui se réjouissaient d'exister en si grand nombre et de ressentir un même désir d'émancipation. Billet d'entrée à 30 dollars ou pas, c'était ce qui se rapprochait le plus des grands rassemblements des années 70: une génération qui prend la mesure d'elle-même et qui se sent capable de tout. Une telle ferveur n'a pas de prix.

Cette foule était plus que militante, plus que souverainiste: elle était souveraine. Et, par là, ouverte au monde. Il fallait la voir onduler en rythme quand le chanteur d'origine maghrébine du groupe Syncop s'est joint à Loco Locass. Il fallait entendre cette foule d'étudiants encore toute fraîche de ses premières manifestations chanter en choeur La Manifestation avec ses Cowboys. Mais pour entendre ça, il fallait être là, justement. Ce show de la Saint-Jean n'était pas une émission de télé: pour la première fois depuis je ne sais plus quand, les caméras étaient redevenues simples témoins, devant se contenter d'extraits pour ses bulletins de nouvelles, obligeant ses journalistes à relater ce qui s'est passé. Ce qui s'est passé? Un show que 25 000 enfants d'un siècle neuf raconteront à leurs enfants. Avec des mots et des images en tête pour seuls souvenirs.

Dès l'après-midi, cela se voyait, cela se sentait: rien n'allait être ordinaire. Un bon vent souffait, le soleil irradiait, et la foule était déjà là aux quatre cinquièmes pour le Henri Band et sa Légende des pitcheuses de roches de Saint-André, pour Pépé et sa Grosse Carole, pour Dumas et son refrain racoleur mais irrésistible du film Les Aimants. Stephen Faulkner, lui, patriarche de la journée, n'en revenait carrément pas qu'ils soient si nombreux à l'écouter, et qu'ils soient aussi jeunes que ses enfants à lui. Le Météore, chanson écrite à la naissance de son fils, leur fut chaleureusement dédiée.

Si nombreux? À 25 000, cette foule ressemblait à s'y méprendre aux fameuses foules de 75 000 et 100 000 personnes dont se vantent tous les festivals et toutes les Saint-Jean officielles. Seulement voilà, cette fois-ci, on avait le compte des billets vendus: dorénavant, on aura notre mètre-étalon. Une foule de 25 000 personnes, on le saura, c'est une mer de monde.

J'ai quitté l'île Notre-Dame pour écrire ces lignes alors que les Cowboys arrivaient à mi-parcours de leur propre célébration, élevant d'un degré la ferveur ambiante à chaque chanson. Pendant Toune d'automne, chantée à 25 000 voix, j'ai été gagné, moi aussi. La foule était était aussi poignante de beauté que la chanson. «Ce pays qui se construit ici et maintenant», comme le disait plus tôt Biz des Loco Locass, il était fichtrement difficile de ne pas y croire. «Libérez-nous des libéraux», auront scandé tous les artistes réunis à la fin. Message entendu.

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo