La passion et la résistance du Suoni

Déjà à sa cinquième édition, le Suoni Per Il Popolo (ou les «sons pour le peuple») est devenu un sain et palpitant pendant au Festival international de jazz de Montréal. Beaucoup plus audacieux dans ses choix de programmation, cet événement, qui se tient jusqu'à la fin juin à la Sala Rossa de même qu'à la Casa del Popolo, boulevard Saint-Laurent, demeure aussi une plateforme de taille pour la scène locale indépendante. Près de cinquante spectacles, mais surtout à des prix abordables.

Du jazz d'avant-garde au rock expérimental, en passant par la poésie militante, il suffit simplement de «libérer ses oreilles» (liberate your ears) pour reprendre l'expression de l'organisatrice anglophone Pohanna Pyne. Depuis deux ans, Pyne assiste Mauro Pezzante et Kiva Stimac à la mise en branle du Suoni où la liberté d'expression musicale d'ici et d'ailleurs tient lieu de créneau. «C'est certain qu'au départ il y a ce désir de promouvoir les musiques dites moins commerciales. On tente aussi de susciter plusieurs collaborations, ainsi que des rencontres stimulantes pour les musiciens. L'improvisation compte d'ailleurs pour beaucoup dans les nombreux concerts tout au long du mois.» Seulement cette semaine, le public pourra choisir entre le rock têtu des Anglaises d'Electrelane (mardi), l'inspiration débordante du collectif américain Sunburned Hand of The Man (mercredi et jeudi), l'incomparable percussionniste Milford Graves (vendredi), les fous furieux de Borbetomagus (vendredi) ou encore le folk fiévreux du Montréalais d'adoption Simon Finn (samedi).

En plus d'accueillir des artistes de la trempe d'Hamid Drake (12 juin), Han Bennink (14 juin), de même que Peter Brötzmann (les 21 et 22 juin), le Suoni tâche surtout de mieux faire connaître l'étonnante créativité montréalaise. «Pour nous, il est toujours important d'encourager l'innovation ainsi que le risque au niveau artistique. La série consacrée aux femmes improvisatrices va beaucoup en ce sens. Il y a aussi un besoin de présenter de nouveaux artistes à une autre échelle. On s'efforce donc de maintenir le coût des billets à des tarifs plutôt raisonnables [de 6 à 22 $]», signale avec enthousiasme Pyne. Le 11 juin, l'équipe invite d'ailleurs l'ensemble de la population à une journée familiale et gratuite, au parc Lahaie, avec notamment Cian Éthrie, Jordi Rosen, tout comme le collectif Kalmunity. Parallèlement, une foire d'étiquettes indépendantes aura lieu à la Casa del Popolo. «Il est très stimulant de constater à quel point la scène underground demeure plus active que jamais. On ose croire que le Suoni encourage une telle effervescence. Peut-être que ce festival améliore réellement la diffusion de cette musique?»

Jusqu'au 26 juin, il y a certainement plusieurs spectacles à ne pas rater. On pense, entre autres, à la soirée des promoteurs Blue Skies Turn Black qui mettra en vedette l'excellente formation de Santa Cruz Comets on Fire (20 juin), la rencontre entre Peter Brötzmann et Sam Shalabi (22 juin), une performance de la très discrète Mary Margaret O'Hara (avec sa nièce Alexis), de même que les imprévisibles artisans sonores de Natacha's Recordings (16 juin) et Squintfucker (19 juin). Toutefois, est-ce que le Suoni Per Il Popolo s'inquiète de suivre de près le Festival international de musique actuelle de Victoriaville ou encore de débuter au même moment que Mutek? Comme l'explique l'une des organisatrices, «cette situation peut paraître complexe, mais on arrive quand même chacun à se débrouiller. Il y a certainement un respect mutuel. Pour le moment, on a toujours l'intention de rester en juin». Décidément, ce n'est pas la musique qui manque en cette saison printanière à Montréal.

Collaborateur du Devoir

***

SUONI PER IL POPOLO

À la Sala Rossa (4848 boul. Saint-Laurent) et à la Casa del Popolo (4873 boul. Saint-Laurent), jusqu'au 26 juin.