Arts technologiques - Intriguant, beau et perplexe

On pourrait parachuter tout le jargon entourant les arts médiatiques: rien n'en décrirait l'expérience asKaa qui ouvrait la nouvelle mouture du festival des arts technologiques Mutek.

La performance se décrit aisément. On croirait voir des micro-organismes marins ou des représentations d'ondes mathématiques. Des lignes brisées ou spiralées, parfois avec embout, se meuvent sur deux écrans encadrant le public. L'imagerie devient vite claire: cette abstraction est en faite diverses vues d'une seule et même chose (ou deux ou trois), montrées sous divers plans, foyers, grossissements. Parfois il y a concordance voulue; souvent elle relève du complet aléatoire. Presque toujours, c'est le royaume de la fortuité.

Les mêmes commentaires s'appliquent sur les relations développées avec la musique, mais le domaine sonore s'avère infiniment plus vaste. Surtout en première partie, où la finesse et le raffinement de la trame sonore (faute de meilleure expression) fascinent, épatent, convainquent. Le quasi-infrason règne, illuminé d'étincelles minimales discrètes et suscitant — voire provoquant — la grande tenue d'écoute (il faudrait fermer la ventilation de la salle qu'on saisisse mieux tout cela).

Puis l'intérêt chute, la suite étant trop complaisante dans son continuum cantonné dans l'«accompagnement», oubliant la stimulation. Une fois apprivoisé aux superbes longueurs du début, on parle ici d'étirement vain du temps: nulle micro substance ne l'habite.

Le résultat laisse perplexe. On embarque à fond dans ce genre d'explorations d'autres facettes de la sensibilité. Cependant, elles portent ici trop le défaut inhérent à bien des utilisations de la machine: répétition et durée trop exhaustives que nulle humanité n'enrichit, malgré la diffusion en direct. Si on applaudit au côté contestataire de cet art à contre-courant de ce que la techno hyper pop offre souvent, on attend encore que l'idée créatrice se fasse plus agissante plutôt que simplement s'affirmer, se redire.

Collaboration spéciale