Mara Tremblay à La Tulipe - L'épanouissement

Déjà, à la seule réverbération du violon, on sentait que la musique, si belle, si libre, sortirait de La Tulipe et s'étendrait dans toutes les directions. De fait, dès que la guitare électrique d'Olivier Langevin, l'acoustique Annabelle Langevin, la basse de Gaëtan Troutet et la batterie de François Lalonde se sont ajoutées au violon de Mara, il n'y avait plus de murs, ni de décor de fond de scène, pas plus que de balcon et de plafond.

Il n'y avait plus que l'horizon, repoussé à perte de vue. Le Voyage, plus littéralement encore que le titre de la chanson instrumentale l'annonçait, mènerait loin, loin.

Ce spectacle se vivrait à la grandeur de l'univers plus que jamais épanoui de Mara Tremblay, l'univers tranquille et paisible de son album Les nouvelles lunes. Ce spectacle serait grand comme son émerveillement devant ses enfants grandissants dans la chanson Grande est la vie. Grand comme Le Bateau, son Arche de Noé à elle, à bord duquel elle sauverait le monde entier de la noyade si elle pouvait. Et lumineux comme cette Douce lueur qui «dans les humains, sous tant de froideur», croit-elle avec ferveur, n'est jamais éteinte.

Je donne dans le lyrique pas à moitié, direz-vous. C'est exprès. Je me voudrais poète, tiens, pour dire la beauté de ces arrangements, la richesse des textures, l'ampleur plus que panoramique de l'espace sonore, la douceur infinie des voix conjuguées de Mara et Annabelle, les mille déserts du Nevada qui sortaient des guitares de Langevin. Ce n'était pas seulement beau, c'était au moins aussi beau que sur Les nouvelles lunes, et c'est dire à quel point Mara Tremblay a raffiné son art. Il y avait des moments si parfaitement construits qu'on avait peine à se souvenir des spectacles à la va-comme-j'te-pousse de la Mara d'avant, soirées sympathiques au demeurant, mais vécues sans autre ambition que de passer du bon temps. Hier, Mara et les siens peignaient des fresques.

Cela dit, le naturel rock'n'punk de la fille revenait au galop dans les présentations de chansons, préparées de toute évidence, qu'elle aurait souhaité dans le même ton que les chansons mais dont elle n'arrivait pas à soutenir le sérieux. Autant de brèches par laquelle la Mara lâchée lousse que nous aimons aussi surgissait, nécessaires pauses entre les différentes parties de ce passionnant voyage. J'ai quitté pour écrire ces lignes peu après la plus délicate reprise imaginable d'une chanson de Gillian Welch (Dear) et juste avant Le Spaghetti à papa, folle bringue du premier album. Sacrée Mara. Saine Mara. Même quand on se nourrit de spiritualité, on peut bien s'empiffrer un peu.

Collaborateur du Devoir