Musique classique - George Rochberg, la mort d'un tourmenté

Le compositeur américain George Rochberg s'est éteint dimanche dernier à l'âge de 86 ans dans un hôpital de Philadelphie. Il y a de fortes chances, si la désaffection envers les compositeurs du XXe siècle qui écrivirent une musique à la fois accessible et de leur temps touche enfin un jour à son terme, de voir les compositions de ce très intéressant créateur entrer dans le répertoire courant, comme celles de ses compatriotes Ives, Copland et Barber avant lui.

Comme Arvo Pärt, George Rochberg est un compositeur à deux visages. Ayant commencé sa carrière dans l'avant-garde et le modernisme le plus intransigeant, il change subitement de voie en 1964, lorsque son fils, le poète Paul Rochberg, décède brutalement. Ses «amis» lui tournent alors le dos, mais le succès et la reconnaissance envers sa musique, qui défie le temps et les modes, seront au rendez-vous.

Le nom de Rochberg est lié au Concerto pour violon qu'Isaac Stern interpréta partout dans les années 70. Ce qu'on n'avait pas vraiment noté alors, c'est que Stern avait coupé dans le concerto. La partition originale n'a été rétablie qu'en 2001 et enregistrée dans la foulée par Naxos sur un disque majeur qui a révélé la force incantatoire de cette oeuvre de plus de cinquante minutes. La composition de Rochberg rejoint ici celles de Henri Dutilleux, de Nicolas Bacri, d'Einojuhani Rautavaara, de Peteris Vasks et de John Veale dans le club assez fermé des grands concertos pour violon du dernier quart du XXe siècle.

Rochberg, dans sa maturité, a parfaitement su conjuguer modernisme et émotion. C'est ce que l'on ressent à l'écoute de l'un de ses chefs-d'oeuvre, les Transcendental Variations de 1975, adaptation orchestrale du troisième de ses sept quatuors, dont le Finale serein (Molto adagio e tranquillo) rappelle les ultimes mesures de la 9e Symphonie de Mahler. Orchestrateur hors pair, Rochberg témoigne à travers la 5e Symphonie, créée par Georg Solti à Chicago en 1986, d'une affinité pour les oppositions tranchées entre ordre apparent et menaces, sans toutefois recourir à un processus compositionnel aussi schématique que celui du Géorgien Giya Kancheli. Sur le tard, la musique de Rochberg semble gagnée par toujours plus de tensions et de noirceur.

Outre Mahler, on citera Edgar Varèse parmi les compositeurs qui ont marqué Rochberg. Il a d'ailleurs rendu un vibrant hommage à Varèse, qui l'encouragea à devenir compositeur, dans les cataclysmiques Black Sounds. George Rochberg a publié plus de cent oeuvres, dont sept quatuors, six symphonies et un opéra, The Confidence Man.

À écouter:

- Concerto pour violon (1974, rev. 2001) par Peter Sheppard Skaerved (Naxos).

- Symphonie n° 5 (1985), Black Sounds (1965), Transcendental Variations (1975) par Christopher Lyndon-Gee (Naxos).