Vitrine du disque - Rock, électronique, folk

Il s'en passe bien des choses à Brooklyn ces temps-ci. Après les Yeah Yeah Yeahs, The Rapture et autres Liars, c'est au tour d'Interpol de retenir l'attention en cette fin d'été. Plusieurs compagnies semblent désormais à la recherche des prochains Strokes. Qui fera l'affaire, ou plutôt comment séparer le bon grain de l'ivraie?

L'étiquette Matador opte pour un jeune quatuor, un peu chic, qui a sans doute beaucoup écouté Joy Division. Très eighties, Interpol suit la vague. Sur Turn on the bright lights, des chansons tristes et légères rappellent la belle époque de Factory. Qui dit mieux? En fait, la voix et la guitare de Paul Banks, tout comme ses complices, ne réinventent rien sur ce premier album aux allures pop ténébreuses. Voilà des New-yorkais qui citent à profusion: un peu de U2 (première époque) dans les refrains, du Ian McCulloch dans les mélodies, et un style glauque à la Julian Cope. Est-ce suffisant? À vrai dire, Interpol n'est peut-être pas si mal pour quelqu'un qui n'a jamais entendu parler du post-punk. Désolé, on ne pige vraiment pas.

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Électronique

VOILE
Jello
(Peacefrog/Fusion III)

Quel mystérieux personnage que ce Darryl Fitton! Après avoir fait des merveilles avec Gescom (une collaboration avec le duo Autechre) ou sous le pseudonyme de Bola, son projet électronique dernier-né a pour nom Jello. Beaucoup moins sombre que Fyuti (paru un peu plus tôt cette année sur Skam), Voile devrait toutefois satisfaire les plus exigeants. À la fois funk et atmosphérique, ce premier album complet de Jello passe d'une trouvaille à l'autre. Le ton surprend avec des pièces comme Vibe-a-Rolla ou O'verb qui détournent la voix de Tegwen Roberts d'une bien curieuse manière. Les rythmes abstraits se fusionnent à du piano classique ou encore à des percussions assez entraînantes. Il faut écouter attentivement une pièce comme Ephemex pour comprendre toute la subtilité derrière cette production. Comment décrire, au juste, cette musique aussi planante que vibrante? Loin de se répéter, Fitton propose des textures plus légères qui ne donnent jamais dans le futile ou le jetable. Au contraire, cette mouture semble moins cérébrale et davantage révélatrice. Une autre réussite de taille pour celui communément appelé le Bolaman.

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Folk

LIFTED OR [...]
Bright Eyes
(Saddle Creek)

Conor Oberst possède un talent fou. À peine âgé de 22 ans, il livre au sein de Bright Eyes de magnifiques ballades tristes et mélancoliques. Après quatre albums de folk lo-fi plutôt modeste, Oberst s'offre désormais une vraie merveille. Sur Lifted or [...], la voix du jeune garçon est entourée de cuivres, de cordes et de chaleur réconfortante. On oserait penser que cet auteur-compositeur possède la même étincelle que le Dylan ou le Michael Stipe des débuts. Toutefois, il n'est aucunement question ici d'hymnes revendicateurs pour une nouvelle génération. Dans le genre, il faut plutôt aller voir du côté de Desaparecidos (son autre projet beaucoup plus rock). Ici, Oberst se concentre plutôt sur des histoires intimistes autour de l'amour déchu. Au fil des 73 minutes, ce folk passe par l'intermédiaire de la pop orchestrale et du country nonchalant afin d'illustrer ses moindres facettes. Qui oserait dire du mal de pièces aussi éblouissantes que Method Acting ou Waste of Paint? De plus, la qualité des textes ne se résume pas à quelques lieux communs au sujet de la passion comme quête existentielle: chaque extrait entraîne sa part d'émotions et de réflexions judicieuses. Un autre sérieux candidat pour l'album de l'année. En passant, Bright Eyes sera en concert à la Sala Rossa le 16 septembre.

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Rock

IRONY IS A DEAD SCENE
The Dillinger Escape Plan with Mike Patton
(Epitaph)

Qui a dit que le rock ne pouvait pas être menaçant et intelligent à la fois? En 1999, un album intitulé Calculating Infinity marquait une nouvelle étape à dépasser. Qui oserait faire plus vite, efficace et précis dans son exécution que The Dillinger Escape Plan? Le temps d'un mini-album, le quatuor du New Jersey improvise une collaboration destructrice avec Mike Patton sur Irony is a Dead Scene. L'ancien chanteur de Faith No More et Mr. Bungle impressionne à nouveau. Bref, ces quatre longues pièces ne tournent jamais en rond. D'une minute à l'autre, tout peut basculer: du rythme de départ au cri le plus strident. Le groupe se permet même une reprise assez étrange du Come To Daddy d'Aphex Twin. L'électronique abstraite trouve aussi un peu d'espace dans ce type d'assaut sonore. Oreilles trop sensibles s'abstenir.

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