Concert - Natalie Dessay: demain elle continue!

«Demain j'arrête!», titrait en couverture le magazine musical français Diapason en décembre dernier sous une photo de la soprano française Natalie Dessay.

Émoi dans le landernau musical et ire de la diva et de son mari, le baryton Laurent Naouri, face à ce pur effet de manchette détournant la lucide réflexion de la chanteuse sur le fait qu'une carrière de vocaliste n'est pas éternelle, tout en surfant sur les inquiétudes suscitées dans le public par l'état de ses cordes vocales. Cela fait près de quatre ans que Natalie Dessay a perdu la pleine utilisation de sa voix en raison d'atteintes physiques l'ayant obligée en octobre 2004 à interrompre sa carrière pour subir une seconde intervention chirurgicale. Demain (dimanche 8 mai à 16h) Natalie Dessay continue! Elle remonte sur scène pour la première fois depuis cette interruption et elle a choisi la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal pour le faire!

Quand on parle de Natalie Dessay, on ne parle pas d'une soprano parmi d'autres; on parle de la plus belle soprano colorature du monde des années 90 et du début de la présente décennie. Il n'y a qu'à écouter la plage 1, L'Air des clochettes de Lakmé, de son disque Airs d'opéras français paru chez EMI en 1996, sous la direction de Patrick Fournillier, pour se rendre compte à quel niveau on se situe. Natalie Dessay a été la Reine de la Nuit (La Flûte enchantée de Mozart) et, surtout, la grande Olympia (Les Contes d'Hoffmann d'Offenbach) de ces quinze dernières années. Ce sont des données à préciser pour un public nord-américain qui, hors New York, Chicago et Santa Fe, ne l'a, au fond, jamais vue sur scène. Elles situent l'importance de l'artiste que l'Opéra de Montréal accueille dimanche pour son «Événement signature».

Passionnée de théâtre, remarquée lors du Concours des voix nouvelles en 1989, Natalie Dessay fait ses débuts à l'Opéra national de Paris-Bastille en 1992. Ses prestations, tant à l'Opéra de Vienne qu'à la Scala de Milan, attirent les foules. Au disque, elle se fait remarquer très vite, signant, en 1994, un contrat avec EMI: l'année suivante, sa Lakmé dans l'intégrale de référence de Michel Plasson fait fureur et les succès s'enchaînent.

La Reine de la Nuit et Olympia: ces rôles qui collent à la peau de Natalie Dessay, elle ne les chantera plus sur scène. C'est aussi le fruit logique d'un processus naturel de maturation de la voix de cette chanteuse que l'on retrouve à partir de 2001 dans Lucia di Lammermoor de Donizetti (en français) et La Somnambule de Bellini. C'est alors qu'une faille physique apparaît et l'oblige à subir une première opération aux cordes vocales. Lorsqu'on la revoit, elle se montre sidérante, bouleversante, fragile et hallucinée dans Ophélie du Hamlet d'Ambroise Thomas, des représentations que le DVD a heureusement immortalisées. Mais l'endurance n'est alors plus le fort de cette artiste.

Raison de tout cela? «On a opéré la corde vocale gauche, mais c'était la corde droite, la cause de tout!», nous dit-elle aujourd'hui en entretien. Cette fâcheuse confusion médicale a mis entre parenthèses quatre ans de sa vie de chanteuse: «En 2001, on pensait qu'un kyste sur la corde vocale gauche avait entraîné un nodule de contact sur la corde droite. En fait, c'était l'inverse: sur la corde droite, il y avait un polype qui a engendré le kyste du côté gauche. Je n'arrivais pas à guérir et je ne savais pas pourquoi. C'était comme si j'avais un grain de sable tout le temps dans la gorge.» D'autres auraient sombré, mais Natalie Dessay s'est accrochée. Elle espère en tout cas que ses maux sont derrière elle, le bout du tunnel étant, en principe, en vue pour dimanche.

Après Montréal, les deux grands rendez-vous seront une Création de Haydn au Festival de Saint-Denis, fin mai, et un concert au Théâtre des Champs-Élysées, à Paris, le 7 juillet. Elle se réjouit de chanter pour la première fois, à l'automne, Juliette dans le Roméo et Juliette de Gounod, un rôle de soprano lyrique léger, puis d'ajouter deux nouveaux rôles, La Fille du régiment de Donizetti et Pamina dans La Flûte enchantée de Mozart, à son répertoire. Elle a déjà chanté une fois avec Emmanuel Villaume, «vrai tempérament de chef lyrique», qui la dirigera lors du concert montréalais dans des airs de Boieldieu, Massenet, Thomas et Donizetti.

Opéra de Montréal. Événement signature. Natalie Dessay chante Boeildieu (La Fête du village), Massenet (Manon), Thomas (Hamlet) et Donizetti (Lucia di Lammermoor). Orchestre métropolitain du Grand Montréal, dir.: Emmanuel Villaume. Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, dimanche 8 mai, 16h. Il reste des places au (514) 985-2285!

Natalie Dessay au disque: les choix prioritaires. Récitals: Airs d'opéra français (vol. 1 avec P. Fournillier; vol. 2 avec M. Plasson); Héroïnes des opéras de Mozart. Intégrales: Lakmé avec Michel Plasson (EMI), Ariane à Naxos avec Giuseppe Sinopoli (DG) et Les Contes d'Hoffmann avec Kent Nagano (Erato). En DVD: Hamlet d'Ambroise Thomas (EMI) et Orphée aux Enfers d'Offenbach (TDK).

N.B. On peut faire l'impasse sur la nouveauté: le CD Amor», d'airs de Richard Strauss (Virgin).