Concerts classiques - Bach en équilibre instable

Ce concert, donné également hier soir à Québec, était destiné à fêter les 20 ans de la Chapelle de Québec. D'une certaine manière, il en a bien été ainsi, le choeur habituellement associé aux Violons du Roy se distinguant par la manière d'incarner le Verbe mis en musique par Bach.

L'élan du choeur final «Preis und Dank...», de l'Oratorio de Pâques se mue en véhémence sur les paroles «Ihre Pforten sind zerstört» (Leurs portes sont détruites), alors que la concentration consolatrice du motet O Jesu Christ, mein's Lebens Licht (qui devrait être associé au numéro BWV 118b et non BWV 118, puisque les Violons du Roy en jouent la seconde instrumentation), nous vaut une entrée magique sur «Auf deinen Abschied Herr ich trau» (J'ai foi en ton adieu). La puissance hymnique du choral final de l'Oratorio de l'Ascension résonne aussi avec force.

Passés quelques ajustements dans la Sinfonia d'ouverture de l'Oratorio de Pâques, l'orchestre relaie au même niveau d'excellence cet élan: flûte, hautbois et trompettes se tirent bien de leurs périlleux solos. L'éloquence, jamais brusquée, de la direction de Bernard Labadie est de bon augure pour la prochaine saison, dont Bach sera l'élément central.

Hélas, la fête ne fut pas complète. Pour un concert hommage aux vingt ans d'un choeur, le programme donnait bien peu d'importance au choeur et bien trop aux solistes. Et là il y eut un petit problème. Quand on met à l'affiche l'éblouissante Sandrine Piau, il faut trouver des partenaires qui puissent s'accorder à son niveau de tonus vocal, de soutien du souffle et de projection. Le baryton Nathaniel Watson n'a presque rien à faire, et le fait très bien. Anita Krause, qui remplaçait Claudia Schubert, est une bonne chanteuse mais ses points faibles (souffle, maintient de la couleur, inertie), qui nous valent un chant un peu avachi, sont exactement les points forts de sa partenaire. Mais pas de griefs majeurs là-dessus, puisque madame Krause remplaçait la chanteuse prévue.

Par contre, le ténor Tony Boutté est un sacré numéro! Tout content, le monsieur, de pousser la chansonnette sur l'air de Pierre (Oratorio de Pâques), habituellement plutôt ému de voir le suaire de Jésus déroulé. Je n'ai pas réussi à déterminer la nature du timbre de ce ténor, la couleur vocale changeant presque toutes les mesures. Pire: à l'issue de son piteux exercice, il jette un regard circulaire insistant sur l'assistance en arborant un «sourire Corriveau» autosatisfait. Ce petit cirque continuera par la suite: monsieur Boutté s'hydrate pendant le choeur final, mesure d'urgence sans doute puisqu'il ne sort de scène qu'une minute plus tard (!), émet des petits rictus sonores aigus en essayant de chanter l'évangéliste de l'Oratorio de l'Ascension et salue son monde avec une fierté consommée. Sa notice biographique nous cite une critique antérieure: «Tony Boutté s'est avéré d'un niveau sans égal parmi l'ensemble de ses partenaires.» Il n'est juste pas précisé dans quel sens...
1 commentaire
  • Benoît Bélanger - Inscrit 18 avril 2005 13 h 09

    De l'Invention de Bach à l'invention de Huss !

    Il arrive parfois de s'étonner du ton pontifiant des critiques musicaux montréalais..., mais
    " c'est là leur plus gros défaut"! Car leur compétence est indéniable. Mais lorsqu'ils deviennent "compositeurs" en mode "actualité", cela mérite d'être souligné....
    Le sourire "corriveau" devrait sans doute passer à l'histoire et il faudra en accorder la paternité au critique musical du Devoir d'autant que l'on puisse aisément le soupçonner de pouvoir l'afficher lui-même à l'occasion !