Musique classique - OSM: fin de semaine sous haute tension

C'est aujourd'hui que reprend vraiment la négociation, sous l'égide d'un médiateur, à propos du renouvellement de l'entente collective entre l'administration de l'Orchestre symphonique de Montréal et les musiciens.

Après l'échec du «blitz» de la mi-mars, chacun espère de son côté que l'état de grâce des deux dernières semaines de travail avec Kent Nagano fera repartir les discussions dans un meilleur climat. «On entrevoit de grandes choses avec M. Nagano», nous dit en entrevue Marc Béliveau, le représentant des musiciens. «Nous avons travaillé sur des projets extrêmement stimulants», avoue de son côté Madeleine Careau, directrice générale de l'OSM, jointe par téléphone. Voilà au moins un point d'accord. Il y en a même un second, sur le thème «tant qu'on continue à se parler, il y a de l'espoir».

Mais le reste achoppe, encore et toujours. La direction insiste à présent sur le fait qu'elle ne désire pas changer radicalement la convention mais que sa demande de souplesse se traduit principalement sous forme de possibilités de «dérogations motivées». Un exemple concret de leur nécessité? «Kent Nagano n'a jamais pu jouer intégralement la 3e Symphonie de Mahler avant le concert en raison de la nécessité de faire une pause après une heure et demie de répétition», nous informe Mme Careau.

Par contre, un point qui met en jeu un changement radical de l'entente actuelle est la question des enregistrements. Madeleine Careau le dit clairement: «Si la clause sur les enregistrements n'est pas modifiée, un certain nombre de projets qui auraient pu se faire ne se feront tout simplement pas.» Au rang de ces projets, le disque Rhapsodies avec Alain Lefèvre, dont nous vous avons parlé hier. À ce sujet, Mario Labbé, président d'Analekta, est clair: «Il n'y a pas de contrat signé pour l'heure et il n'est pas question qu'il y ait un contrat dans les conditions actuelles.» M. Labbé indique que la prestation de l'orchestre lui serait facturée 150 000 $. Or, aujourd'hui, de manière générale, les maisons de disques ne subviennent plus aux coûts artistiques; elles se bornent à fournir la technique et à assurer la fabrication et la promotion. Comme le résume Karsten Witt, ancien président de Deutsche Grammophon: «Le disque n'est plus un business, c'est un objet de promotion pour l'orchestre.»

Les musiciens, eux, sont unanimement subjugués par le chef, ses aptitudes, sa courtoisie et sa manière de travailler: «Nous avons eu la sensation de tourner la page, M. Nagano est une source de motivation pour l'entreprise OSM», dit M. Leclerc, membre du comité de négociation. Il dit attendre «un changement d'attitude» de la part de ses interlocuteurs.

C'est dans ce non-dit et dans ce registre émotionnel qu'on trouve une bonne part de la crispation, résumée par Marc Béliveau: «On a un orchestre extraordinaire qui aime jouer, un directeur musical qui veut le faire avec nous, un président du conseil qui adore l'orchestre et vient au concert quand il le peut. Ce serait le fun si on pouvait avoir une administration qui remplirait les loges pas seulement quand M. Nagano est présent.» Il élargit aussi le débat: «Il va falloir que des gens aux bonnes places prennent leurs responsabilités parce que le budget de l'Orchestre symphonique de Montréal n'a pas évolué en 15 ans. Là, ça commence à être effrayant. Il est regrettable d'avoir une administration qui passe beaucoup plus de temps à blâmer une entente collective qu'à travailler pour de vraies choses.»

Les représentants des musiciens, qui ont toujours un mandat de grève en main, devraient s'adresser à leurs pairs en fin de journée. Comment s'exprimeront les éventuelles frustrations cette fois-ci?