Opéra - Bonnes voies, superbe conception

Pour l'Atelier lyrique de l'OdM, voici un acte de confiance et une brave gageure qui se couronnent par une représentation fort digne. L'actuelle production de Didon et Énée, offerte en matinées scolaires cette semaine et dont il est question ici, comprendra en soirée une première partie consacrée à des madrigaux. Si le choeur y est à la hauteur de sa prestation dans l'opéra de Purcell, cela risque d'être merveilleux. Homogène à souhait, précis, expressif et répondant aux subtiles et efficaces demandes de la baguette de Zeitouni, voilà un choeur de chambre bien au point.

Il y a deux points forts dans cette production. Le premier est la direction de Zeitouni. Il anime la magie comme le drame, la peine comme la haine. Sans excès, Didon et Énée se déroule devant nous avec un rythme théâtral juste, musicalement plus qu'en place, qui suggère et évoque autant qu'il représente, en concordance parfaite avec l'atmosphère voulue par l'équipe technique, le second point marquant.

Les costumes tiennent de la tragédie grecque et d'un dépouillement un peu buto. L'imagerie s'imprègne davantage dans le hiératisme des protagonistes et dans les magnifiques chorégraphies imaginées par Lina Cruz. Bien de nos compagnies de danse pourraient prendre des leçons d'ensemble ici. Le plus saisissant est que l'impression d'unité provient du fait que chacun des «danseurs» exécute des mouvements différents dans une union originale et intrigante. Les toiles translucides montent et descendent selon les scènes pour meubler le décor; l'arbre solitaire habite la plaine, tout participe à l'allégorie et au réalisme dépouillé et chaque effet s'intègre pile au déroulement dramatique.

La mise en scène tient de la haute voltige zen. François Racine prend bien garde de tomber dans le cliché, ne retenant que l'essence, sculptant des mouvements et des images archétypales naïves, originelles dans leurs aspirations.

Les membres de l'Atelier lyrique s'y montrent tous à l'aise. Nul ne brûle encore les planches, mais le niveau général du chant est plus que prometteur. Difficile de citer des noms: puisqu'il y a deux distributions, je ne sais pas quelle «version» sera présentée lors de votre passage. Dans ce travail d'«Atelier», personne n'a à rougir, même si tous manquent d'un peu d'assises.

Quand on voit ces jeunes professionnels avec des artistes aguerris, l'émulation fait son oeuvre. Entre eux, la complicité se fait présente, même s'il manque un meneur. On assiste donc au processus d'intégration du métier. Aux chanteurs, néanmoins, félicitations. Aux concepteurs, coup de chapeau. Pour l'OdM, affaire à approfondir.