Un quotas de 5% de musique autochtone réclamé à la radio

Mathieu Mckenzie, cofondateur de la maison de disques Makusham musique, aux côtés de son père, l’auteur-compositeur-interprète Florent Vollant
Jacques Nadeau Le Devoir Mathieu Mckenzie, cofondateur de la maison de disques Makusham musique, aux côtés de son père, l’auteur-compositeur-interprète Florent Vollant

En amont de la Journée nationale des langues autochtones, le 31 mars, des artistes innus ont présenté mardi matin aux médias convoqués au Studio TD un mémoire, déposé la veille devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), qui présente leurs arguments en faveur de l’instauration d’un quota minimal de 5 % de musique autochtone sur les ondes des radios commerciales au Canada.

Au-delà de la nécessité de faire rayonner la création musicale des Premières Nations, il s’agit de poser un geste concret, soit assurer une place sur les ondes radio au travail des musiciens des Premières Nations, pour sauvegarder les langues autochtones, « et j’ose croire que notre position sera comprise », déclarait en entrevue au Devoir Mathieu Mckenzie, cofondateur de la maison de disques Makusham musique, qui présentait le mémoire aux côtés de son père, l’auteur-compositeur-interprète Florent Vollant.

Les deux musiciens innus étaient soutenus hier par Mike Mckenzie, chef d’Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam, et Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, qui a promis que l’Assemblée voterait « dans les prochaines semaines » une motion appuyant l’instauration d’un quota de musique autochtone. Invité à prendre la parole durant la conférence de presse, l’auteur-compositeur-interprète Émile Bilodeau a offert son appui inconditionnel à cette démarche avec un discours bref, passionné et émotif durant lequel il a dressé un parallèle entre la survie du français en Amérique du Nord et celle des 11 langues autochtones au Québec, menacées d’extinction.

Faire du bruit

Le dépôt de ce mémoire s’inscrit dans une importante campagne médiatique menant, le 31 mars prochain, au lancement des deux premiers albums produits par la jeune maison de disques indépendante Makusham musique, fondée par Mathieu Mckenzie et sa directrice, Nelly Jourdain. L’étiquette, basée à Maliotenam, est née du travail de professionnalisation des musiciens des Premières Nations amorcé avec la création du Studio Makusham en 1997, dirigé par Florent Vollant (Kashtin) et Kim Fontaine.

Avant la création de Makusham musique, les artistes autochtones lançaient des projets « tout bonnement, comme ça, sans faire de relations de presse ou de pistage radio des chansons ; avec le label, on se donne les moyens de faire des relations de presse et de mieux encadrer les artistes », se réjouit Mathieu Mckenzie. « On va entendre un peu plus parler de nous », à commencer par le vétéran Pascal Ottawa (Pako), auteur-compositeur-interprète folk atikamekw, qui lancera vendredi l’album Nanto.

Le jeune cofondateur de la maison de disques innue, qui a bénéficié du mentorat de Steve Jolin (Disques 7ième Ciel) pour apprendre le métier de gestionnaire et producteur d’albums, montera sur la scène du Lion d’Or vendredi avec son trio rock aux tons folk et pop Maten pour présenter les chansons nouvelles d’Utenat, un mot innu signifiant en français « la grande ville ».

« On a choisi ce titre pour dire que, lorsqu’on va à utenat, lorsqu’on va à Montréal, à Québec, dans les grands centres-villes, où il y a du bruit, explique Mathieu, on y va notamment pour s’éduquer — les universités sont dans les grandes villes —, mais on est toujours contents de revenir à la maison, chez nous. C’est bruyant, ça va vite, à utenat, mais on est bien lorsqu’on revient, dans le territoire où nos ancêtres ont grandi aussi. »

Une fois l’enregistrement de l’album bouclé au Studio Makusham, les membres de Maten ont entrepris de traduire en français leurs textes. Le thème général de l’album s’est alors révélé à eux : « C’est à ce moment qu’on a compris que les textes de nos chansons portent beaucoup sur l’espoir. Y’a des hauts et des bas dans la vie, mais on fonce — on parle des rêves des jeunes, de notre culture, de notre langue qui est en déclin. On parle beaucoup de ça, notre identité, notre fierté, notre message est fort. »

Vendredi au Lion d’Or, l’auteur-compositeur-interprète Shauit lancera aussi son nouvel album, Natukun — « remède », en innu, « parce que plusieurs chansons parlent de guérison, d’espoir, de progrès et de mieux-être », précise le musicien. « Et comme je dis, c’est aussi pour mettre un peu de baume sur nos plaies », ajoute-t-il en évoquant cette période de guérison que vivent les Premières Nations.

L’excellent album auquel collabore le folkloriste Yves Lambert surprendra ses fans : révélé en tant que chanteur reggae, le voilà qui pose sa voix claire sur des musiques folk et traditionnelles. Un retour aux sources, justifie-t-il : « C’est un album folk, mais avec du trad autochtone et du trad québécois, pour démontrer au fond que, même si on est différents, on aime aussi pas mal les mêmes affaires. J’aime bien dire “Vive la différence entre les cultures et les peuples”, mais c’est le fun de montrer ce qui nous unit, et la musique folklorique en fait partie. Certaines nations autochtones ont même adopté la musique trad québécoise comme leur musique traditionnelle », dit Shauit, en promettant du même souffle un prochain album aux sonorités reggae, dancehall et afrobeat.

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