27e Francouvertes: l’avantage aux Jeanne

Jeanne Côté
Alexya Crôteau-Grégoire Jeanne Côté

À l’issue des troisième et quatrième soirées de la ronde préliminaire des 27e Francouvertes, deux Jeanne – et leurs orchestres respectifs — ont conforté leurs places au sommet du palmarès : Côté, découverte lundi dernier, et Laforest, qui s’était illustrée la semaine précédente avec sa chanson jazz exploratoire. Entre les deux se glisse un fascinant Héron ; trois candidats ont déjà été exclus des demi-finales, mais plusieurs talents gardent encore espoir de poursuivre la compétition, marquée ces derniers jours par de délectables propositions musicales.

Lundi : Jeanne Côté, Renaud Gratton, Katia Rock

C’est ainsi à chaque édition des Francouvertes : la liste des 21 candidats recèle toujours une poignée de noms qui résonnent déjà sur la scène musicale. On les surveille, comme Jeanne Côté, qui a sans mal brisé la glace lundi soir dernier au Lion d’Or. D’abord parce qu’on la sait une enfant de la balle : elle est la fille du directeur général (et chansonnier lui-même) du vénérable Festival en chanson de Petite-Vallée, a grandi avec la mer, les rochers et les refrains.

Peut-être Jeanne Côté abordait cette première participation aux Francouvertes (après s’y être inscrite à sept reprises !) en portant sur elle le poids des attentes liées à cet héritage culturel que l’on découvrira d’abord dans les thèmes de ses chansons — l’éloignement, la famille, sa région. Rien n’y paraissait : nerveuse, sans doute, préparée, surtout.

Jeune, mais déjà une vieille âme — pardonnez le cliché. Un texte, une voix, ce trémolo doux et serré, évocateur. Un style, délicat, une chanson qui s’inscrit dans la tradition, avec juste assez de modernité dans les arrangements pour l’ancrer dans le présent – on entend chez elle l’influence des modèles Marie-Pierre Arthur et Louis-Jean Cormier, eux membres de la même famille, celle de Petite-Vallée et de son festival. Sa première apparition avait des airs de confirmation : Jeanne Côté est davantage que la fille d’une famille musicale. La rumeur disait vrai.

Photo: Alexya Crôteau-Grégoire Renaud Gratton

Le débonnaire Renaud Gratton s’est ensuite amené sur scène avec une tout autre attitude. Sa chanson psyché-pop humoristique a d’abord paru comme rafraîchissante malgré ses emprunts à la chanson des années 1970 et 1980, mais demeurait en surface de ses bons flashs comiques – il a amorcé son tour de chant avec une ode à la lessive intitulée Never Ending Lavage. Éloge des tracas du quotidien, chercher le ludique où on ne l’attend pas, ce genre de plume qui l’approche des univers des Bleu Jeans Bleu et Trois Accords. Simple, mais attachant.

Photo: Alexya Crôteau-Grégoire Katia Rock

L’artiste multidisciplinaire innue Katia Rock a terminé ce lundi sur une tout autre note, et surtout avec une plus vaste expérience, ayant notamment participé au Festival en chanson de Petite-Vallée il y a une quinzaine d’années. Son bagage comme sa regalia sur ses épaules, imposante sur scène, affirmée. Même les petits soucis techniques en fin de performances n’auront terni son tour de chant diversifié, alors que le chant traditionnel se mêlait à la pop contemporaine et au country-folk.

Mardi : Héron, Marie Céleste, Velours Velours

Photo: Alexya Crôteau-Grégoire Héron

Héron était aussi sur cette liste des noms qui nous disent quelque chose. Henri Kinkead forme un duo électro-pop avec son jumeau Simon (un album, Migration, est paru en 2020), il se lançait en solo sur le tremplin des Francouvertes avec ce nouveau projet pas électro du tout, bien au contraire : cette fois, sa chanson pop revêt des influences folk et trad.

Sur papier, la proposition frappe l’esprit. De la chanson néotrad queer ? Ça, c’est de l’inédit. Le public-jury aussi fut saisi, le hissant en deuxième place du palmarès préliminaire, confortable position pour espérer atteindre les demi-finales. L’argument trad lui vient, comprend-on, de son attachement au territoire autant qu’à sa quête identitaire. La chanson les a bien traduits, plus folk que purement trad, quoique l’argument de nos musiques de racines fût parfaitement incarné par le jeu, fameux, de la violoniste Élisabeth Moquin, diplômée en violon au programme de Musique traditionnelle du Cégep de Joliette, cofondatrice du groupe É-T-É.

Photo: Alexya Crôteau-Grégoire Marie Céleste

Changement d’airs avec Marie Céleste, qui n’est pas une Marie mais un groupe de jeunes hommes originaires d’Alma, débarqués à Montréal avec leur affection pour la chanson pop-rock-prog québécoise des années 1970. Deux voix qui se partagent le devant de la scène, celles de Simon Duchesne (aussi à la guitare) et de Philippe Plourde (aux claviers), une dynamique qui sert bien les chansons fleuries, mais un brin alambiquées, de l’orchestre, par ailleurs convainquant. On pense au Octobre de Pierre Flynn, sans le propos engagé ou enragé, musicalement plus doux — plus fin août début septembre, pour ainsi dire.

Photo: Alexya Crôteau-Grégoire Velours Velours

De la cohorte, Velours Velours, nom du projet de l’auteur-compositeur-interprète Raphaël Pépin-Tanguay, est sans doute celui qui a déjà le plus circulé sur la scène underground. Acolyte d’Étienne Coppée, son premier EP Fauve, paru au printemps 2020, fut coréalisé par Philippe Brach ; le mois dernier, il faisait salle comble au Pantoum de Québec durant le Phoque Off. Celui-là était attendu.

Bel orchestre, superbe présence scénique. La gestuelle, la voix, Pépin-Tanguay est né pour être sur une scène. Ses chansons ? Encore vertes, imprégnées de l’influence de Beau Dommage et Harmonium, mais avec des élans pop rythmés qui dépoussièrent les références. Atterrissant en 6e position, s’accrochera-t-il au palmarès jusqu’aux demi-finales ? Réponse la semaine prochaine, lors des trois dernières soirées des préliminaires.

Le palmarès préliminaire, après quatre soirées

1- Jeanne Côté

2- Héron

3- Jeanne Laforest

4- Marie Céleste

5- Cure-Pipe

6- Velours Velours

7- Reno McCarthy

8- Katia Rock

9- Bourbon



À voir en vidéo