La salle Bourgie dit au revoir à Isolde Lagacé

Le Concert en hommage à Isolde Lagacé a débuté par une sorte de miracle, la pianiste Meagan Milatz acceptant de remplacer Charles Richard-Hamelin dans la redoutable Sonate de Franck avec seulement 12 heures de préavis.
Frédéric Faddoul Le Concert en hommage à Isolde Lagacé a débuté par une sorte de miracle, la pianiste Meagan Milatz acceptant de remplacer Charles Richard-Hamelin dans la redoutable Sonate de Franck avec seulement 12 heures de préavis.

Le milieu musical québécois disait « au revoir et merci », samedi, à Isolde Lagacé, qui, en tant que directrice générale et artistique de la salle Bourgie depuis 2011, a multiplié les occasions pour nos musiciens, connus et moins connus, de faire connaître leur art. Ce fut un hommage vibrant et sincère autour d’extraits musicaux fort variés.

On craignait le trop-plein, le dithyrambe à n’en plus finir et l’excès de bons sentiments. Or ce fut infiniment digne et retenu, axé autour de la musique, avec quelques mots brefs des uns et des autres. Le luthiste Sylvain Bergeron a dit qu’Isolde Lagacé avait donné un « lieu un toit, une âme » à des musiciens « sans domicile fixe », et Andrew Wan a souligné ce que la communauté musicale d’ici lui devait. Le mécène Pierre Bourgie avait plus tôt lancé ce concert hommage, où le facétieux Luc Beauséjour s’est distingué en ayant l’idée de demander à ChatGPT d’écrire une fiction sur ce que ferait Isolde Lagacé à sa retraite. L’intelligence artificielle s’est lancée dans une histoire de reconversion littéraire.

Oeuvres choisies

Côté musical, l’après-midi débutait par un quasi-miracle, puisque Charles Richard-Hamelin ayant dû renoncer à 12 heures du spectacle pour raisons de santé, Andrew Wan et la salle Bourgie ont trouvé la pianiste Meagan Milatz pour jouer au débotté les deux derniers volets de la Sonate de Franck. Quiconque a une vague idée de ce qu’est le 4e mouvement de cette sonate pour un pianiste saura quelle prouesse a été réalisée par cette artiste originaire de la Saskatchewan, titulaire d’une maîtrise de l’Université McGill, qui fit brièvement partie du trio Fibonacci. Bravo et merci à elle.

Le tandem Sylvain Bergeron (guitare baroque) et Margaret Little (basse de viole) a ensuite joué Forqueray et Marin Marais, des variations sur La Folia, les bien nommées pour ce projet un peu fou.

Les oeuvres proposées, Prélude, fugue et allegro BWV 998 de Bach pour Luc Beauséjour ou trois mouvements du Quatuor « L’Empereur » de Haydn, qui rappelaient la première aventure de la Fondation Arte Musica, née même avant la construction de la salle elle-même, avaient été suggérées par Isolde Lagacé. Son amour pour L’oiseau de feu, de Stravinski, énorme oeuvre orchestrale, a été comblé au piano par l’impressionnant tandem formé par Janelle Fung et Philip Chiu.

Le concert comportait aussi deux surprises, fort réussies. Après que le nouveau directeur artistique Olivier Godin eut lu une traduction du poème An die Musik, il s’est mis au piano, et Marie-Nicole Lemieux est venue le chanter, dans la fameuse adaptation musicale de Schubert.

En fin de concert, le quatuor formé d’Axel Strauss, Alicia Choi, Douglas McNabney (époux de la directrice) et Matt Haimovitz, qui avait interprété Haydn avec une grande concentration, a été rejoint par Luc Beauséjour et plusieurs membres de la famille Lagacé : le frère Éric à la contrebasse, la soeur Geneviève (Soly), la mère, Mireille, et la fille Mélisande McNabney pour le 1er mouvement du Concerto pour 4 claviers de Jean-Sébastien Bach. Cette excellente initiative exposait par la même occasion une partie de la richesse de la collection d’instruments constituée par la Fondation Arte Musica à la salle Bourgie.

Isolde Lagacé invitée à dire quelques mots conclusifs en fut très émue. La page est tournée, et avec beaucoup de classe.

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