Clemens Schuldt, un choix revigorant

À l’issue d’une soirée triomphale, le nouveau chef a largement convaincu qu’il était le bon choix et qu’il allait donner un nouveau souffle à l’orchestre.
Andréa Doyle Simard À l’issue d’une soirée triomphale, le nouveau chef a largement convaincu qu’il était le bon choix et qu’il allait donner un nouveau souffle à l’orchestre.

Le chef allemand Clemens Schuldt, 40 ans, donnait mercredi son premier concert de directeur musical désigné de l’Orchestre symphonique de Québec. À l’issue d’une soirée triomphale, ce musicien inventif et dynamique a largement convaincu qu’il était le bon choix et qu’il allait donner un nouveau souffle à l’orchestre.

La nomination de Clemens Schuldt à l’issue d’un seul concert test avait pu surprendre. Mais quelquefois, on comprend les choses évidentes tout de suite. C’est ce qui nous est arrivé mercredi, puisque nous découvrions ce chef notamment dans la 8e Symphonie de Dvořák.

D’emblée, Schuldt intéresse. C’est un chef très vivant qui nourrit un discours allant et animé de vraies idées interprétatives. Dans la symphonie de Dvořák, au fur et à mesure que le discours se fait plus carré et tranchant, les baguettes des timbales sont un peu plus dures pour générer un son plus découpé. Dans le 3e mouvement, Schuldt n’hésite pas à faire surjouer les deuxièmes violons pour mettre en relief une circulation thématique.

Si Clemens Schuldt est un interprète qui émaille la musique d’intuitions lumineuses, il est aussi très clair qu’il est de la race des chefs issus des instrumentistes à cordes (il était violoniste avant de devenir chef). Son travail repose beaucoup sur les cordes avec un travail de contrôle des dynamiques exceptionnel. Il y a fort à parier que l’on n’a pas entendu souvent tel raffinement ces dernières années à Québec. Ce qui nous manquait un peu, c’était un tranchant jubilatoire supplémentaire dans les attaques de bois et cuivres. Nous serons attentifs la prochaine fois quant à savoir si Schuldt a autant d’idées pour les vents qu’il en a pour les cordes.

L’OSQ a répondu avec ferveur aux gestes enthousiastes et élégants de son nouveau chef, par ailleurs excellent accompagnateur dans le Concerto pour violoncelle d’Elgar. Celui-ci a été présenté très honorablement par Camille Thomas qui, sauf erreur, joue sur le violoncelle ayant appartenu à Emanuel Feuermann, un instrument d’une grande beauté dont on pourrait sans doute tirer encore plus de richesses. Les poses inspirées de la musicienne-actrice font office d’interprétation à elles seules et conditionnent l’écoute. Le problème pour le soliste est alors de tomber dans la contemplation de son propre jeu, un péché mignon de maints interprètes dans ce concerto, qui mérite d’avancer avec plus de carrure. Il n’y avait, mercredi, rien de déshonorant, mais on peut faire beaucoup plus nourri dans l’intensité, comme le montrent Rafael Payare et son épouse Alisa Weilerstein quand ils jouent cette oeuvre ensemble, comme nous l’avons constaté à San Diego en mai 2022. Espérons que Montréal vivra cela bientôt.

Le geste de maintenir Oesterle, un Québécois d’origine allemande, au programme était symbolique, mais Entr’acte aurait pu attendre un concert futur, car cet habile perpetuum mobile faisait un peu étrange en premières notes d’un concert d’intronisation d’un chef qui venait de clamer vouloir « surfer sur la vague d’enthousiasme et capter l’énergie ».

À propos de déclarations, Schuldt, qui s’est très bien débrouillé en français, apprendra vite qu’à Québec, quand quelqu’un a élu domicile au Québec, comme Oesterle, on dit qu’il est Québécois et on ne martèle pas le mot « Canadien » plusieurs fois. Par ailleurs, le chef était en droit de dire : « Nous avons un orchestre formidable » plutôt que : « Vous avez ». Il n’est plus un invité ou observateur ; il fait désormais partie de la gang.

Avant le chef, la présidente-directrice générale Astrid Chouinard, la mairesse suppléante et adjointe à la culture de la Ville de Québec, Catherine Vallières-Roland, ainsi que Jonatan Julien, ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale, ont tous trouvé des mots justes et encourageants pour accueillir Clemens Schuldt et célébrer le moment. L’OSQ avait même tourné à Paris un film sympathique où Fabien Gabel remettait symboliquement la baguette à son successeur.

Concerto emblématique, symphonie lumineuse

Oesterle : Entr’acte. Elgar : Concerto pour violoncelle. Dvořák : Symphonie no 8. Camille Thomas (violoncelle), Orchestre symphonique de Québec, Clemens Schuldt. Grand Théâtre de Québec.

À voir en vidéo