Le traité des passions

La claveciniste Geneviève Soly, à la salle Bourgie, mardi le 17 janvier
Claudine Jacques La claveciniste Geneviève Soly, à la salle Bourgie, mardi le 17 janvier

La claveciniste Geneviève Soly aborde cette semaine le Livre I du Clavier bien tempéré de Bach à travers deux concerts commentés. L’expérience, fort intéressante, démontre que l’oeuvre de Bach va bien au-delà de l’exercice rhétorique.

Les trois soirées de Geneviève Soly à la salle Bourgie, cette semaine, remplacent la semaine de concerts prévus en septembre et annulée pour cause de maladie. Le manque de place dans l’horaire pour ce report cantonne l’exercice au 1er Livre en matière de « concerts commentés », dont le premier a été donné mardi, le second ayant lieu ce mercredi.

Ces deux séances avaient été précédées, lundi, d’une conférence de deux heures sur les tenants, aboutissants et procédés musicaux présidant au corpus.

En mêlant ainsi maîtrise du propos théorique, animation de la soirée (le côté « conférence ») et prestations musicales, au clavecin et sur un orgue parfois rétif (problème de « collage » dans la Fugue n° 7 puis problème de registre dans la Fugue n° 20 avec interruption et reprise les deux fois) Geneviève Soly semblait avoir présumé de ses forces. Arrivée aux ultimes des douze étapes, do dièse majeur et mineur, elle ne savait plus si oui ou non elle nous avait présenté la fugue en do dièse majeur puis s’est emmêlée à la fin de son prélude avant de piloter la fugue au radar. Elle subissait visiblement un gros coup de barre, comme peut le ressentir un cycliste qui connaît une « fringale » en pleine échappée au Tour de France.

Les secrets des tonalités

Mais les spectateurs n’en ont pas tenu rigueur à l’artiste, car l’exercice est fort intéressant pour qui désire approfondir cet univers. Geneviève Soly est notamment friande de la symbolique des tonalités qui lui permet de décliner ces Préludes et Fugues en un véritable « Traité des passions ».

L’approche explicative permet aussi à l’auditeur de comprendre des partis pris interprétatifs. Ainsi le tempo plus retenu du Prélude XX en la mineur s’explique par le fait que Geneviève Soly le met en regard avec la fugue et trace un parallèle avec une « supplique de femme dévote » telle que relayée aussi en peinture. Le caractère champêtre de la tonalité de la majeur entraîne l’utilisation du jeu luthé sur le clavecin. Un rapprochement de son Prélude avec le langage et le style de Frescobaldi amène l’interprète à accélérer les dernières mesures.

L’auditeur sort forcément enrichi de l’exercice. Certains retiendront que fa dièse majeur est le triomphe dans l’adversité, d’autres iront creuser par eux-mêmes les rapports entre la Fugue en do dièse mineur et la Passion du Christ.

Même s’il était fastidieux, l’exercice consistant, assez fréquemment, à passer du clavecin pour les Préludes à l’orgue pour les Fugues, se justifiait dans un tel contexte grâce à l’aptitude très heureuse de l’orgue de pouvoir soutenir les sons ; un indéniable atout.

On souhaite à Genevière Soly de retrouver toute son énergie pour la dernière séance, ce mercredi.

Le Clavier bien tempéré

« Concert commenté 1 ». Préludes et fugues I, II, VII, VIII, XXI, XXII, XX, XIX, XIV, XIII, III et IV. Geneviève Soly (présentation, clavecin et orgue). Salle Bourgie, mardi 17 janvier. Fin ce soir.

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