«Des airs de fêtes»: swing festif et exalté

Mélissa Bédard et Kim Richardson lors du concert de Noël de l’Orchestre Métropolitain
François Goupil Mélissa Bédard et Kim Richardson lors du concert de Noël de l’Orchestre Métropolitain

L’Orchestre Métropolitain et Yannick Nézet-Séguin ont présenté en fin de semaine leur concert des Fêtes à la Maison symphonique, un programme haut en couleur et en rythmes avec Mélissa Bédard et Kim Richardson. Il a été choisi par Radio-Canada pour sa programmation de fin d’année.

« Caramba ! Encore raté ! » La formule résonnera aux oreilles des « tintinophiles ». C’est celle que répétait inlassablement le perroquet au lanceur de couteaux Ramon dans l’album L’oreille cassée. Avec Yannick Nézet-Séguin, un lointain cousin du volatile devrait s’entraîner à dire « Caramba ! Encore réussi ! »

Car Yannick Nézet-Séguin vient de tenter une redéfinition du concert de Noël tout en lançant son Orchestre Métropolitain dans le « crossover » avec le jazz. Et, hop !, voilà que ça marche du premier coup.

C’est une foule en délire, d’où fusaient même des « merci ! », qui a salué l’esprit de fête et de communion émanant de ce programme dont l’idée, au fond, était fort simple.

Curieusement, malgré notre proximité avec les États-Unis, nous n’en avons absolument pas importé l’esprit ou la culture des « Pops concerts ». Ceux-ci ne doivent pas être confondus avec le concert de type « Pop », où un orchestre symphonique accompagne un groupe ou un chanteur de musique populaire.

La discipline des « Pops » est de placer l’univers orchestral au service de divers genres à résonances populaires : musiques de films, de dessins animés, musiques de Noël. On en a un vaste éventail dans le coffret consacré au passage de John Williams à la tête des Boston Pops paru cette année chez Universal.

Heureuse francisation

 

Le concert de l’OM s’inscrivait dans la tradition de ces « Christmas Pops » avec, en plus, un défi de francophonie. Car si le répertoire ne manque pas, comme tous les débouchés sur ce marché sont américains ou anglophones, il y avait un immense danger qu’un tel concert prenne l’allure d’un produit d’importation. L’Orchestre Métropolitain a louvoyé avec le risque, mais on a senti les efforts consentis pour ne pas y succomber. Cela nous a même valu une traduction de « Joy to the World ». Ce « Joie dans le monde », il fallait tout de même aller le chercher !

Ambiance « cool » donc, festive, chaleureuse, détendue, avec des pots-pourris orchestraux de thèmes de Noël (Morel et Coleridge-Taylor) ; des « medleys » de chants avec choeur (impeccable travail de l’arrangeur Antoine Gratton) et deux solistes débridées, les excellentes Mélissa Bédard et Kim Richardson ; un bel équilibre avec un trio jazz autour du pianiste Taurey Butler (qui assure les concerts « Charlie Brown Christmas » à la salle Bourgie) ; des adaptations jazz de Casse-noisette signé Duke Ellington. Au milieu de tout cela, de grands classiques (Minuit, chrétiens par Mélissa Bédard) ont été servis avec ferveur, la foule étant entraînée par O Happy Day et, à la fin, Glory Alleluia.

À tous ceux qui ont aimé le concept, on recommandera sans réserve l’écoute pendant les Fêtes du Dallas Christmas Gala (irrésistibles pots-pourris plages 7 et 14) dirigé par Andrew Litton chez Delos. On ne s’étonnera pas que Radio-Canada, qui ne rechigne pas à évacuer toute bribe de classique de l’antenne, ait bondi sur cette occasion se substituant aux contes de Fred Pellerin qui permettaient à Kent Nagano de préserver une part de l’essentiel. Il reste à espérer que, « donnant-donnant », contre ce « show », Yannick Nézet-Séguin convaincra qui de droit d’accorder quelque contrepartie culturelle ailleurs.

Christian Tetzlaff sur Medici.tv

Le grand violoniste allemand Christian Tetzlaff interprétait les Sonates et Partitas vendredi au Festival Bach de Montréal. Expérience fascinante dont un virus retors nous a, hélas, empêché de suivre la progression au-delà d’un tiers du concert. Pas question pour nous de polluer par des toux irrépressibles une telle ascèse captée par les micros et caméras de Medici.tv, qui proposera ce concert à compter du 13 décembre. Ce qui se profilait, c’était une plongée progressive dans un monde de l’infinitésimal et de la petite touche. Tetzlaff n’est pas, comme James Ehnes ou Rachel Barton Pine, de ceux qui planent sur les oeuvres ; il est aux prises avec la matière qu’il forge. Sa conception de la pulsation des danses (Partitas, donc) est l’élément le plus fascinant. Plus largement, il accroche l’auditeur par la légèreté de l’archet, la gestion de l’extinction des phrases et, surtout, la manière d’enchaîner les mouvements (« Sarabande » et « Double » de la Partita n° 1, un chef-d’oeuvre en soi). Les aléas de santé nous empêchent de commenter le concert, mais nous serons les premiers à en guetter le contenu complet sur Internet le 13 décembre.

Des airs de fêtes

Airs et mélodies de Noël. Mélissa Bédard, Kim Richardson (voix), Taurey Butler (piano), Morgan Moore (basse), Wali Muhammad (drums), Choeur et Orchestre Métropolitain, Yannick Nézet-Séguin. Maison symphonique, samedi 3 décembre. Diffusion sur ICI Télé dimanche 18 décembre 20 h, puis sur ICI Artv à partir du 19 décembre 20 h et sur ICI Musique le 24 décembre à 19 h.



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