Les Cowboys, la tête haute

Karl Tremblay et Marie-Annick Lépine le 28 novembre avec l’OSM
Gabriel Fournier — Photographe Karl Tremblay et Marie-Annick Lépine le 28 novembre avec l’OSM

Retour attendu des Cowboys fringants sur la scène de la Maison symphonique avec l’OSM, puisque le concert de décembre 2020 avait dû se dérouler sans public. Retour émouvant, surtout, après l’annonce, cet été, du cancer qui affecte le chanteur Karl Tremblay.

C’est coiffé d’un chapeau pour dissimuler sa calvitie résultant de sa chimiothérapie que Karl Tremblay a abordé le spectacle. Depuis l’annonce de sa maladie cet été, le groupe a poursuivi ses activités en fonction de son calendrier de traitement.

En 2015, Bernard Labadie, après sa rémission du cancer, s’exprimait dans Le Devoir sur la fragilité qu’il appelait « L’état de faiblesse » : « On ne peut pas avoir une attitude de conquérant quand on se présente sur le podium dans cet état-là ; on a besoin de soutien, d’amour et d’encouragement de la part des collègues. » C’est ce qui transparaissait sur scène lundi, notamment de la part de Jean-François Pauzé, qui semblait aux petits oignons aux côtés de son partenaire, très affecté par la chaleur sur scène en première partie, et jouait très efficacement les régulateurs de foules. Dans cette manière de savourer le moment, Karl Tremblay, Jean-François Pauzé, Marie-Annick Lépine et Jérôme Dupras sont parvenus à un équilibre avec le public, beaucoup moins débridé et débordant que lors de la première série de concerts en 2018. Le public a certes chanté quelques airs de la seconde partie (La Manifestation, Le shack à Hector notamment), mais a laissé les musiciens savourer leur musique dans un écrin symphonique.

Un concept pérenne

Karl Tremblay a repris en solo avec l’OSM les quatre mêmes chansons (Droit devant, Les vers de terre, La reine, Pub royal) qu’en 2018, où l’on entendait bien la finesse de l’alliance avec l’orchestre. Pub Royal prenait cette année un poids inédit. Tremblay, qui s’est payé un petit (et unique) trou de mémoire dès le premier couplet de Droit devant, en ouverture de concert, soulignait avant Les vers de terre à quel point l’orchestration avait donné un relief particulier à certaines chansons qui n’étaient pas forcément les plus connues.

Parmi elles, il y avait, en 2018 et dans le concert enregistré en vidéo en 2020, le poignant La tête haute, un texte devenu sans doute impossible à chanter et à contenir émotionnellement pour l’artiste pris dans un face-à-face avec la maladie.

Autour de Karl Tremblay, dont la voix est intacte et l’énergie efficace, le groupe a fait corps avec ferveur. Les Cowboys sortent justement de cette reprise la tête haute, et à plusieurs titres. D’abord, le concept ne s’est pas émoussé ; on a toujours autant de plaisir à entendre ces chansons savamment orchestrées. Ensuite, peut-être par l’émotion du moment qui rend ces instants encore plus précieux, les textes si prémonitoires semblent avoir pris encore plus de gravité. Enfin, parce que la source se régénère tranquillement. Si La tête haute et Le gars d’la compagnie sont sortis du programme, deux titres ont fait leur entrée : Ici-bas de l’album Les Antipodes (2019) et Épique Éric des Nuits de Repentigny (2021), ce dernier dans une amusante orchestration légèrement orientalisant. Par ailleurs, D’une tristesse et Les maisons toutes pareilles, introduites dans le programme en 2020, étaient proposées pour la première fois devant public.

Parallèlement à ces deux rendez-vous en spectacle, lundi et mardi, les Cowboys et l’OSM publient en album numérique le concert enregistré en décembre 2020 et le remettent à disposition sur Vimeo en vidéo à la demande. Une version vinyle est également proposée en précommande.

Quant aux artistes invités, Dominique Côté est de plus en plus à l’aise et justement acclamé dans Une autre journée, et Karina Gauvin n’a toujours pas appris les paroles de Marine marchande depuis 2020. L’OSM a été excellent, le spectacle étant bien rodé et Simon Leclerc maîtrisant bien ses orchestrations.

Les Cowboys fringants en rappel

Chansons adaptées par Simon Leclerc. Avec Les Cowboys fringants (Karl Tremblay, Jean-François Pauzé, Marie-Annick Lépine, Jérôme Dupras). Artistes invités : Dominique Côté et Karina Gauvin. Orchestre symphonique de Montréal, Simon Leclerc. Maison symphonique de Montréal, lundi 28 novembre. Reprises : ce mardi, 20h.

À voir en vidéo