Magnifique Masaaki Suzuki

Masaaki Suzuki au Festival Bach de Montréal, vendredi soir
Antoine Saito Masaaki Suzuki au Festival Bach de Montréal, vendredi soir

Masaaki Suzuki était de retour au Festival Bach après un mémorable concert à la tête de l’OSM en 2017 et une visite plus mitigée avec le Bach Collegium Japan en 2018. Il dirigeait vendredi soir le Magnificat avec le Choeur et l’Orchestre du Festival dans une église St. Andrew & St. Paul archi comble.

Il existe un effet Festival Bach et il faut bien le reconnaître. Voir une église remplie jusqu’au moindre siège de la tribune de l’orgue, après un concert de l’Ensemble Masques tout aussi complet la veille, et une semaine auparavant, un récital de clavecin de Luc Beauséjour complet à la salle Bourgie : tout cela est plus que remarquable, car vraiment tangible. En effet, cet automne, la salle Bourgie ne remplit même pas à 100 % pour les Violons du Roy et un récital de clavecin compte en général parmi les « invendables » dans les concerts de musique classique. Chapeau donc aux organisateurs qui se démènent corps et âme avec des résultats artistiques et d’audience, dans une indifférence récurrente, et désormais, presque gênante (en comparaison avec d’autres largesses) des subventionneurs.

Car, entre autres, ce sont bel et bien des musiciens d’ici qui ont eu la chance d’être engagés par le Festival pour travailler pendant plusieurs jours avec l’une des sommités mondiales de l’interprétation de Bach pour le plus grand plaisir des mélomanes vendredi soir à Montréal et ce samedi à Québec. Masaaki Suzuki succédait à la tête de cette mini-académie d’une semaine à Julian Prégardien, Reinhard Goebel, Václav Luks et Jean-Claude Picard.

Suzuki a imposé un programme exigeant sans faire le moindre compromis. On l’a entendu dans la Forlane de la 1re Suite, où son phrasé mettait légèrement en péril cordes et hautbois, et dans la 1re Bourrée au tempo rapide sans concessions. Le programme sollicitait les hautbois à l’extrême et les instrumentistes ont eu beaucoup d’endurance, les premiers d’entre eux gardant l’intégralité de leur aura pour le dialogue avec la soprano dans « Quia respexit » du Magnificat. On aurait aimé que la notice nous donne les noms et la provenance des musiciens et choristes, tout comme les paroles chantées, notamment de la cantate en allemand.

Belles surprises

Dans le Magnificat, Suzuki nous a réservé une surprise, puisqu’il a interpolé quatre laudes chantées lors de la première présentation du Magnificat à Noël en 1723. Suzuki a transposé ces mouvements (Vom Himmel Hoch, Freu euch und jubiliert et un Gloria pour choeur ainsi que Virga Jesse floruit pour soprano et baryton) qu’il a intégrés dans le flux du Magnificat. Les insertions se passent bien. Le Gloria s’enchaîne astucieusement au « Fecit potentiam », mais crée un certain hiatus avec le « Deposuit » qui suit.

St. Andrew & St. Paul impose des contraintes d’espace. Tout le monde est très serré et le choeur est centré et placé en paquet. Le fait de ne pas être étalé en largeur nuit cependant bien moins à la lisibilité polyphonique qu’on aurait pu le craindre. Par ailleurs les solistes sont contraints de faire des allers-retours entre l’arrière et l’avant-scène, les hommes passant entre le chef en train de diriger et le choeur.

Les solistes ont tous été convaincants, mais il faut tirer un coup de chapeau particulier à Alexander Chance, jeune contreténor lumineux qui fit partie entre 2016 et 2019 de l’ensemble Gesualdo Six. Trouvaille merveilleuse ou fait du hasard, son appariement avec le ténor Thomas Hobbs (duo de la Cantate BWV 63 et « Et misericordia » du Magnificat) frise la magie. La soprano Marie Luise Werneburg a une voix blanche, mais pas désincarnée, qui sied très bien à ce répertoire. Là aussi, très beau moment de communion vocale avec Werneburg, Brunet et Chance dans le « Suscepit Israel ».

Masaaki Suzuki a fait ce qu’on attendait de lui : apporter son expertise et son entrain à un groupe ad hoc à qui il a transmis sa flamme, son expérience et son savoir. Un public nombreux était là pour entendre le bilan de ce travail et cela nous a valu, cette fois, un très beau concert qui sera donné à Québec, au Palais Montcalm, à 17h ce samedi.

Masaaki Suzuki avec l’Orchestre et le Choeur du Festival Bach

Suite pour orchestre n° 1. Cantate « Christen ätzet diesen Tag », BWV 63. Magnificat BWV 243. Solistes : Marie Luise Werneburg, Hélène Brunet, Alexander Chance, Thomas Hobbs, Krešimir Stražanac. Église St. Andrew St. Paul, vendredi 25 novembre 2022. Reprise samedi 17h Palais Montcalm à Québec.

À voir en vidéo