Kent Nagano en «HIPster»

Le public montréalais a fêté le retour de Kent Nagano dans un concert assez didactique.
Antoine Saito Le public montréalais a fêté le retour de Kent Nagano dans un concert assez didactique.

Un public nombreux était venu saluer le retour de Kent Nagano, dont la renommée, ici, a permis à l’OSM de proposer trois fois le concert Schubert-Mozart donné mardi, auquel nous avons assisté mercredi et qui sera donc repris encore une fois jeudi.

« Historically Informed Performance », abréviation usuelle HIP, ou en français, « Interprétation historiquement informée » : tel est le courant interprétatif dominant des quarante dernières années qui, à partir de la musique ancienne et baroque, a fini par gagner le répertoire orchestral classique et romantique. Une branche de cette connaissance concerne les timbres, la facture instrumentale. L’autre, le style d’exécution, les tempos supposés, l’articulation, le vibrato, etc.

Contagion

Dans les années 80 et 90 cette pratique était l’apanage des ensembles et chefs spécialisés : Hogwood, Harnoncourt, Brüggen, Kuijken, Gardiner, Norrington, Goodman, Herreweghe, etc. Puis les institutions symphoniques, pour être au goût du jour, se sont mises à inviter les chefs de cette obédience qui souhaitaient s’adonner à une carrière de baguettes invitées. Bien vite les orchestres se sont rendus compte qu’il y avait à peu près trois qui « savaient diriger » : Nicholas McGegan, Bernard Labadie et Andrew Manze. Manze s’est pris au jeu et ne dirige plus que du répertoire standard et Labadie et McGegan ne suffisent pas pour tout un marché.

Alors pour allier expertise de technique de direction d’orchestre et pragmatisme, attendu que l’intérêt supérieur de la musique semblait être que tout le monde serve la même salade, les chefs « traditionnels » se sont mis à s’intéresser au mouvement HIP.

C’est ainsi que l’intégrale Beethoven de Chailly ressemble à celle de Jansons, qui ressemble à celle de Nagano, qui ressemble à celle de Dausgaard, qui ressemble à celle de Vänskä, cette dernière étant toutefois la plus foisonnante. On remarquera au passage que le mouvement HIP amène à terme à une sorte d’orthodoxie interprétative si amidonnée que l’auditeur sait pratiquement à l’avance l’interprétation qu’il va entendre.

Mozart plus concluant

Ce retour de Kent Nagano à Montréal, s’est avéré être le retour du parfait « HIPster », tant on a entendu un catalogue de supposées « bonnes pratiques », assez à leur place pour la majesté péremptoire et solaire du do majeur de la Symphonie « Jupiter » de Mozart, subtilement burinée, mais étonnamment brutale et peu chantante dans la 3e Symphonie de Schubert, dont les oppositions d’humeur ont été aplanies par une rhétorique sèche. Cette Troisième évolue dans un univers post-Haydn. L’Adagio maestoso d’ouverture a davantage de poids. Cela fait d’ailleurs ensuite ressortir des phrases qui peuvent aussi être dirigées avec davantage de charme et de chant. Mais justement, l’un des péchés mignons du mouvement HIP n’est-il pas de vouloir démontrer des préceptes au lieu de ressentir la musique ?

Dans la partie Mozart, nettement plus concluante, de ce concert en un bloc sans entracte, la néo-écossaise Jane Archibald a chanté avec une parfaite assurance et de beaux aigus l’Exultate, jubilate. À 45 ans, la voix commence toutefois à prendre de la carrure et nous préférons entendre, dans cet air composé par un Mozart de 17 ans, des chanteuses plus jeunes, par exemple Regula Mühlemann dans sa jeune trentaine il y a quelques années chez Sony. Nous aurions eu assurément trois ou quatre Québécoises parfaites pour l’emploi…

Le retour de Kent Nagano avec Mozart et Schubert

Schubert : Symphonie n° 3. Mozart : Exultate, jubilate. Symphonie n° 41 « Jupiter ». Jane Archibald, Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique, mercredi 23 novembre 2023. Reprise jeudi.

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